Le Salève - historique

Table des matières
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01   Toponymie.
02   La Naissance du Salève.
03   Le château de Monnetier.
04   Le château des Avenières.
05   La Chartereuse Notre Dame de Pomier.
06   1887.
07   Brève histoire du Chemin de Fer du Salève (1893-1935).
08   Salève: le tunnel de l'ancien chemin de fer fermé par sécurité.
09   Le téléphérique du Salève (1932 à nos jours).
10   Passé simple : Entre terre et ciel on s'envole en téléphérique.
11   Ferdinand Lassalle.
12   Autre.
13   Bibliographie.
14   Affiches et photos anciennes.
15   La mise en valeur du massif : une histoire ancienne.
16   L'histoire d'une montagne en quelques épisodes d'après Monsieur Bernard Crettaz.
17   Dictionnaire historique de la Suisse (en français, allemand, italien).
18   Un peu d'histoire "lémanique".
19   Miettes d’histoire : Pourquoi le Salève n’est pas genevois.
20   Etrembières et Veyrier : 2 "villages" au destin commun...

Toponymie

La première mention écrite du mont Salève apparaît au 4e siècle de notre ère: monte Seleuco (C.50). La première partie de ce nom dérive d’une racine pré-indoeuropéenne « sal » qui signifie « pente à éboulis » (éboulis = amas de matières). La deuxième partie - leuco - viendrait d’une langue parlée par les Celtes (= Gaulois), peuple d’origine indo-germanique qui peuple l’Europe environ 500 ans avant Jésus-Christ, signifiant « le mont brillant » . D’après une autre source (BJJ.13) Salebra = lieu d’accès difficile. La légende donne une explication plus facile à comprendre: Alors que Gargantua (personnage de légende, Rabelais, 16e siècle) creusait le Léman, il amassa les déblais à l’emplacement de la future montagne. Cette entreprise suscita la curiosité des habitants de la région. En regardant la nouvelle montagne, ils s’écrièrent: « Eh! mais regarde donc comme ça lève! », et ainsi le nom du Salève fut trouvé (DD).

La Naissance du Salève

La plaque africaine poussant vers le nord la plaque eurasienne provoquait l’émersion des Alpes puis celle des préalpes, du Salève et du Jura. La région de Genève passe de 30N (niveau d’Afrique du Nord) à 46N en 150 millions d’années à cause de la dérive des continents. Elle monte 2000 km vers le Nord. Début mouvement de plissement - 50 millions d’années. Le Salève monte et émerge de la mer à raison de 2mm / siècle en moyenne (1000 mètres en 50 millions ans). Aujourd’hui le Salève continue de monter à raison d’un millimètre par an, la moitié de cette élévation est usée par l’érosion. Il faudra donc 2000 ans pour gagner un mètre. Dès 600’000 avant J.C. il y avait une succession de périodes glaciaires et interglaciaires. La plus importante de ces périodes, la troisième (le Riss), vit les glaciers s’étendre jusqu’à Lyon. Ces glaciers ont déposé sur le Salève des blocs erratiques (granit et gneiss) transportés depuis le massif du Mont-Blanc. La 4me périodes glaciaire (le Würm) s’étalais de - 80’000 à - 10’000 avant J.C. A Veyrier la couche de glace atteint 700 m, seul quelques mètres du Salève émergent au dessus de la glace. Le vallon de Monnetier est creusé par le courant sous glacier dans une zone fissurée entre le petit et le grand Salève. Début de la fonte de la glace = -20’000. Tout le bassin lémanique (= la cuvette lémanique), des Préalpes au Jura, est couvert de glace. Nos régions sont complètement inhabitées. Les glaciers se retirent progressivement vers le nord. Vers -14’000 une maigre végétation herbacée commence à envahir le plateau. Les premiers animaux apparaissent, notamment la faune froide (renne, mammouth, etc.). Les premiers hommes quittèrent l’Afrique il y a un million d’années. En avancant vers le nord ils suit le recule des glaces. Ils arrivent à Genève il y a 10’000 ans. A ce moment les glaces ont disparues définitivement du bassin lémanique. Le lac Léman est sous sa forme actuelle c.-à-d. une étendue d’eau unique dont le niveau est de 10m plus élevé qu’actuellement. Par manque de support latéral du glacier la paroi du Salève s’effondre en un gigantesque éboulement. Le mammouth abandonne le bassin genevois pour se retirer sur les hauteurs du Jura. Les hommes, venus du sud, chasse la renne dont les troupeaux parcourent la forêt naissante. Le climat se rechauffant, la renne monte vers le nord. Elle est remplacée par le cerf, hyène, panthère, rhinocéros, chevreuil, élan, bouquetin, chamois, lagopède, lièvre, cheval sauvage, marmotte, aurochs (boeuf sauvage aujourd’hui éteinte), ours brun, loup, renard, etc. Âge de la pierre (-10’000 à -1700), bronze (-1700 à -800), fer (-800 à 0). Une cinquantaine de grottes percent le Salève (la plus longue, la Bachai-di-Faye - le refuge des Fées - fait 1 km). Les plus connus sont la grotte d’Archamps, Le Seillon, L’Ours, Le Sablon, Les Noctambules (voir « Le Salève souterrain » de J-J Pittard). Certaines furent habitées par les hommes qui y ont trouvé refuge, cherchant la sécurité à l’abri des orages, des autres hommes et des bêtes sauvages. D’autres hommes vivaient dans des cabanes construits en rondins. Les hommes exploitèrent le fer du Salève entre le 5e et le 6e siècle après J.C. et entre le 12e et le 13e siècle après J.C. . Il se peut, mais nous n’avons pas des preuves, que l’exploitation du fer a commencé déjà au 5e siècle avant J.C. . Vers 100 av. J. C. le peuple gaulois est vaincu par les romains (César arrive à Genève vers 60 av. J.C.) . Les grès ont été exploités au sommet du Salève pour la verrerie.

Panorama de la région lémanique qui était couvert par les glaces. Voir aussi La géologie du Salève .

Le château de Monnetier

Le château de Monnetier (= de l’Ermitage = Hermitage ) a été construit au 13me siècle. Une devise était gravée dans la pierre : « Nasci, Pati, Mori » (Naître, souffrir, mourir). Le château fut pris et brûlé par les Genevois à la fin du 16me siècle quelques années avant l’escalade de décembre 1602. Les ruines restèrent en l’état pendant 3 siècles. En 1885 le château est reconstruit et devient une pension. En 1926 Joseph Dupraz achète le château dans une vente aux enchères. 2 ans plut tard il décède. Son beau-fils, un ancien champion de boxe chilien, Charles Porta, prend la direction de l’établissement. 9 ans plus tard il meurt à l’âge de 40 ans, laissant derrière lui sa femme Francine et leur fille Josette, âgée de 7 ans. Nous sommes en 1937. En 1981 Francine meurt à son tour à l’âge de 86 ans. Josette fait survivre l’établissement jusqu’en 1989. Le château abrita donc une pension pendant 100 ans. Suite à l’échec d’une vente à un émir koweïtien à cause du refus de la municipalité de fermer le domaine, pourtant privé, au public, le château est vendu, début 1999 pour 4-6 millions ff à Panorama 2000 qui, après avoir effectué des travaux, a essayé, par l’intermédiaire d’une société immobilière, Immo3 concept, de vendre le château en 9 appartements de luxe ou en entier (voir la TdG du 7.3.2000 p.54), prix demandé: 250’000 frs suisses par appartement ou 2 millions pour l’ensemble (1200 m2 de planchers dans un parc boisé de 35’000 m2). Josette s’établit à Cranves Sales près d’Annemasse. Novembre 2010 = début travaux de réhabilitation (numéro de permis = PC074/8509A0012 en faveur du SCI La Croix) : aménagement de 5 logements et des annexes en ajoutant 110 m2 au surface habitable existant de 1130 m2 (la surface totale du terrain étant de 26'600 m2).
 
Le château des Avenières

Mary Wallace Shillito est née en 1876, à Cincinnati, Ohio, Etats-Unis d'Amérique. Son père, puissant homme d'affaires, a fait fortune dans les chemins de fer, les mines de cuivre et les grands magasins de Chicago. Dès son enfance, Mary nourrit une vive admiration pour sa jeune soeur Violet. Adolescentes, les deux soeurs plongent avec délices dans un Paris en proie à l'orientalisme. Violet décède, âgée de 24 ans, à Cannes, en 1901, d'une fièvre typhoïde. Mary, inconsolable, parcourt le monde. Un bel après-midi de l'été 1904, Mary visite en compagnie de quelques camarades, dont sa meilleure amie Marcelle Senard (1879-1971), de modestes clairières vouées à la culture de l'avoine sur les flancs du Salève. Sans route carrossable, il leur fallait une heure pour monter à pied depuis Cruseilles. Elles sont saisies par l'exceptionnelle beauté du panorama. Instantanément, Marie prend la décision de bâtir ici le sanctuaire qu'elle rêve de dédier à sa soeur Violet trop tôt décédée... Ses parents viennent de mourir, elle est seule maintenant, à la tête d'une immense fortune. Elle achète le terrain, vendu par des agriculteurs de Cruseilles. Ces terrains, jusqu'en 1789, appartenaient aux moines de l'abbaye de Pomier. Ils avaient été confisqués par l'état révolutionnaire et bradés à différents propriétaires. L'édification du bâtiment démarre en 1907 et durera 6 ans. Les pierres calcaires, tirées de la carrière de Comblanchien (située à 4 kms de la maison de Marcelle Senard, près de Beaune pas loin de Dijon en Côte-d'Or à 300 Km au sud-est de Paris et à 150 Km au nord-ouest de Genève), sont acheminées de Bourgogne par le train jusqu'à la gare de Saint-Julien, puis montées aux Avenières par des chars tirés par des boeufs . L'entreprise est cyclopéenne. Il n'y a pas encore de route, seulement des chemins agricoles.

Quand Marie n'est pas sur place pour superviser les travaux, elle visite les boutiques des antiquaires parisiens et rassemble une impressionnante collection de meubles rares destinés à son futur château. Elle profite aussi de ses séjours dans la capitale pour fréquenter des cercles dédiés aux sciences occultes et invite au château des savants, des artistes et des philosophes.

C'est ainsi qu'elle rencontre en 1913 Assan Farid Dina qu'elle épouse (en seconde noce = ?) en 1914. Mary a 38 ans, Assan, 43 ans. C'est un petit homme rond au regard vif et aux traits asiatiques. Né à l'Ile Maurice de père indien et de mère française, ingénieur, spécialiste en hydroélectricité (" la houille blanche " qui remplace le gaz et le charbon), Assan se consacre désormais à l'aménagement du château . A l'intérieur de l'édifice, il construit, entre autres, une mystérieuse chapelle contenant une vaste mosaïque montrant des symboles ésotériques qui représentent le savoir universel des religions. Le château est à la pointe du progrès avec son éclairage à l'électricité, le téléphone (numéro 1. Les Dina sont les premiers de la commune à avoir le téléphone. Le service n'est utilisable que quelques heures par jour à cette époque), son poste de Télégraphie Sans Fil (un poste de radio communiquant uniquement en morse. La radio transportant la voix n'est pas inventée à cette époque), ses automobiles et même son avion avec lequel Dina survole les Alpes. Pour obtenir de l'électricité, ce dernier a conçu et fait construire sur les Usses une petite centrale électrique en aval du pont de la Caille. M. Dina n'a pas travaillé que pour lui-même. Il a profité de cette belle réalisation pour l'époque pour électrifier sur son passage Copponex, Cruseilles, Cernex. Cette innovation a été accueillie avec enthousiasme par toute la région. Elle a beaucoup développé les campagnes, notamment en permettant l'installation de petits moteurs électriques dans les fermes pour actionner les scies à couper le bois de chauffage, tourner les meules à aiguiser les lames de faucheuse, actionner les broyeurs à céréales et dans les fruitières pour actionner les barattes à beurre, pour brasser le caillé dans les grandes chaudières à faire les meules de fromage. Assan Farid Dina veut ensuite construire un observatoire ayant un télescope géant sur le Salève mais l'atmosphère du mont Salève n'est pas propice aux observations pour un tel télescope, tout au plus trois nuits par an.

Après 15 ans de vie commune, en 1928, Assan meurt lors d'une croisière en Mer Rouge, il est âgé de 57 ans. Mary fonde la librairie Véga (une étoile de la constellation de la Lyre, la plus brillante du ciel boréal, éloignée de 27 années-lumière de la terre). Le directeur de sa collection, René Guénon (1886-1951), philosophe et écrivain, s'installe à ses côtés aux Avenières. Elle a 52 ans, lui 42. En 1930, le couple part en Égypte. Trois mois après, Mary rentre seule... (Notez que Mary n'a pas eu de chance avec l'Egypte et "ses" hommes, Dina, mort en 1928, y est enterré).

Elle tombe amoureuse d'Ernest Britt (un pianiste suisse) qu'elle épouse la même année et qui participe à sa déroute financière. Mary vend le château début 1936. Elle est alors âgée de 60 ans. Elle divorce en 1937 et décède âgée de 62 ans, en 1938, d'un brutal arrêt du coeur. Elle est morte et enterrée à Genève. Ses obsèques ont été payées par sa cousine, Béatrice Shillito. Son corps a été rapatrié... et réenterré en 1939 au caveau familial des Shillito à Cincinatti, Ohio, USA.

Après avoir été une maison de repos, un collège oratorien, un rêve d'enfant pour Georges Duvernay et enfin le projet immobilier gigantesque de l'architecte suisse Haüsermann, le château a retrouvé en 1994 une nouvelle jeunesse. Aujourd'hui, le propriétaire du château des Avenières est l'industriel François Odin qui a acheté le château aux enchères en 1994. Il l'a transformé en un charmant hôtel-restaurant quatre étoiles. (Tél.: F44 02 23 - http://www.chateau-des-avenieres.com ) . Sources : " Le château des Avenières, 1907-2007, cent ans d'histoire… " de Georges Humbert, 2008, 70 pages, 22 euros, éditions Unberger (http://www.unberger.com , source de l'illustration), " L'étonnante histoire du château des Avenières… " article dans " Le Messager " du 10.7.2008 par Dominique Ernst, http://hermetism.free.fr/Avenieres/avenieres%2054.htm , http://hermetism.free.fr/Avenieres/avenieres%2084.htm , http://hermetism.free.fr/Avenieres , http://www.cernex.fr .

La Chartereuse Notre Dame de Pomier

Fondée en 1170 (cliquer et cliquer pour agrandir). Lieu de prière et de méditation pendant 600 ans. En 1793, lors de la révolution française, la chartereuse est pillée et abandonnée pendant 100 ans. A 1894, achetée par le propriétaire actuel, elle est transformée en hôtel-restaurant. En 2001 elle devient un lieu de réunions. Tél: F 04 50 04 50 53 - http://www.chartreuse-de-pomier.fr  .

1887

Voici un extrait d'un journal local : "L'Industriel Savoisien" du 13 août 1887 (tiré de l'article "Le Salève, un espace sous influences" par Jean-Claude Vernex, "Archives des Sciences" publiées par la faculté de Sciences de l'Université de Genève en 1988). "De mémoire d'homme, nous assure-t-on, on n'avait vu sur le Salève foule pareille à celle qui s'y est abattue dimanche. La population genevoise, fatiguée des chaleurs de la plaine et un peu aussi des fêtes du Tir Fédéral, semblait s'être donné le mot pour aller sur ces hauteurs aimées respirer un air frais et pur. Le Genève-Veyrier, malgré des trains spéciaux doublés et triplés, n'a pu suffire à toutes les demandes ; plusieurs centaines de passagers ont dû se résoudre à faire la route à pied, et cependant cette ligne a transporté 2700 voyageurs".

Brève histoire du Chemin de Fer du Salève (1893-1935) (LG)

Premier chemin de fer à crémaillère électrique du monde. Surnommé “ Funiculaire du Salève ” malgré l’absence de câble de traction. Crémaillère Abt (un des quatre types des crémaillères les plus répandues dont l’inventaire était Roman Abt de Lucerne (1850-1933)). Une crémaillère est un rail denté au milieu des rails de roulement (écartement 1 m) et troisième rail électrifié (600 à 750 volts) le long de la voie (c.-à-d. pas d’une ligne aérienne). L’exclusion absolue de tout passage à niveau, imposée par la présence du rail conducteur électrique latéral à 20 centimètres au-dessus du sol, a nécessité des travaux importants pour la déviation des routes et chemins, ainsi que la construction d’un nombre considérable d’ouvrages d’art (24 ponts), servant de passages inférieurs ou supérieurs au chemin de fer. Ne pouvant prélever son énergie électrique sur le réseau public, alors inexistant, la Société Anonyme des Chemins de Fer du Salève (SACFS) fit construire un barrage sur l’Arve, à Arthaz, où une digue de 60 mètres de longueur permit d’obtenir une chute d’eau de 3 mètres, alimentant 2 turbines. Une ligne aérienne de 1700 mètres reliait l’usine à la gare centrale de Monnetier-Mairie. D’autre part un tunnel, long de 120 mètres, large de 4 mètres, pente de 13,5° ( = 24%), orientation 68°, fut construit sur la ligne Veyrier - Monnetier-Mairie. Danger d’électrocution : trois décès en 40 ans de fonctionnement sans compter les ânes, vaches, chèvres et chiens électrocutés. Douze automotrices de 10 tonnes à vide pour 40 places (32 places assises et 8 places debout) : longueur : 8,5 m, largeur : 2,1 m, hauteur : 3 m. Deux moteurs de 40 CV. Première ligne de 6 km ouverte en 1893 : Etrembières - Mornex - Monnetier-Mairie - Treize-Arbres. Seconde ligne de 3 km ouverte en 1894 : Veyrier - Monnetier-Mairie. Les trains (composés d’automotrices indépendantes) venus d’Etrembières et de Veyrier se rejoignaient à Monnetier-Mairie (650 mètres d’altitude) ; partis à la même heure d’en bas, ils ne formaient plus qu’un seul convoi jusqu’au terminus des Treize-Arbres à 1140 m d’altitude. Treize-Arbres avec Treize pour Très = trois en patois car 3 ormes disparus au début du XXème siècle. L’Hôtel-Buffet-Restaurant de la gare de Treize-Arbres était construit par la SACFS en 1893. A 22 heures le courant électrique fourni par l’usine d’Arthaz était coupé. Les employés de l’usine faisaient un signal pour avertir le personnel de l’hôtel de préparer les lampes à pétrole : une coupure brève, puis ils rallumaient un bref instant avant de recouper le courant jusqu’à 8 heures du matin. Vitesse maximale du petit train : 10 km/h, trajet aller : 1 heure. Coût aller-retour pour l’été 1914 : 1ère classe : 10 ff., 2ème classe : 7 ff. En 1932 l’ouverture du téléphérique, la construction des routes et le développement de la voiture individuelle entraînent la mort du train. Pour en savoir plus sur le Chemin de Fer du Salève, trois sites internet : http://perso.wanadoo.fr/geillon/trains/saleve , le seul site consacré au Chemin de Fer du Salève : nombreuses photos et dessins, bruit de train à crémaillère système Abt, http://www.la-salevienne.org le site de la Salévienne, une Société d’histoire locale (200 membres), éditrice du seul livre entièrement consacré au Chemin de Fer du Salève et http://www.monnetier-mornex-esserts.com/docs/funiculaire.doc le site de la commune de Monnetier-Mornex-Esserts-Salève (LG). photo1 photo2 photo3

Voici 5 images du Chemin de Fer du Salève.


Une automotrice dans la neige en aval du tunnel du Pas de l'Echelle, dessin de Marc Tournnebize extrait de LEPERE Gérard, "Le chemin de fer à crémaillère du Salève" , Echos Salèviens n°4, La Salévienne, 1994.

Une automotrice en amont du tunnel du Pas de l'Echelle (côté nord). © Mairie de Veyrier

Affiches anciennes. © Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève (BPU) :




Salève: le tunnel de l'ancien chemin de fer fermé par sécurité

Un article de la Tribune de Genève ( , Copyright TdG) du 19.5.2001 par Fabrice Breithaupt .

PRÉCAUTION Certains habitués de la montagne crient au terrorisme.

"Entrée interdite", "Danger", "Tir de mines". Ces quelques panneaux placés après le pont sur l'autoroute A 40 longeant le Salève, ainsi que les nouveaux grillages métalliques installés aux deux bouts du tunnel de l'ancien chemin de fer à crémaillère de la montagne, ont provoqué l'inquiétude de certains promeneurs genevois. Ainsi Douglas Read, qui se rend au Salève tous les samedis, et s'émeut d'une "prochaine disparition d'un nouveau pan du Salève". Et de s'emporter: "La destruction en Afghanistan par les extrémistes musulmans de statues séculaires de Bouddha a soulevé un tollé dans les médias. Au Salève, devant une indifférence générale et pour des raisons purement matérialistes, on dynamite la face d'une montagne vieille de trois cents millions d'années afin d'embellir la promenade de Saint-Antoine" (sic). Phénomène naturel Renseignements pris, la fermeture du tunnel est en fait une mesure de sécurité prise par les deux communes haut-savoyardes riveraines de Monnetier-Mornex et d'Etrembières. "Nous avons décidé d'interdire son accès aux piétons en raison des dangers que fait peser la voûte depuis quelques mois", explique Maurice Giacomini, le nouveau maire d'Etrembières, Municipalité propriétaire de l'ouvrage. "Celle-ci est en effet gorgée d'eau, qui s'infiltre petit à petit et mite le mortier réalisé à l'époque, laissant la roche se dénuder et des morceaux entiers tomber au sol."Un phénomène naturel, aux dires, en tout cas, des deux derniers exploitants français de carrières au Salève, les entreprises Descombes et Chavaz à Etrembières, qui se défendent d'emblée de tout lien entre leurs tirs de dynamite et les fissures par lesquelles l'eau s'engouffre: "Nos artificiers procèdent de façon précise et réfléchie et n'utilisent que les charges strictement nécessaires", indique Pierre Chavaz, cogérant de la Sàrl du même nom, dont une partie des carrières jouxte d'une centaine de mètres l'une des deux extrémités du tunnel. "Nous sommes prêts à participer, à notre niveau, au financement pour la restructuration de la voûte", ajoute-t-il. Des discussions en ce sens sont d'ailleurs en cours actuellement. La mesure d'interdiction, prise entre fin 2000 et début 2001, n'est donc pas prête d'être levée. L'article ci-dessus dans le site internet de la Tribune de Genève

Voir extrait du registre des arrêtés du Maire de Monnetier-Mornex du 29 Avril 1996 concernant l'ancien tunnel du Pas de l'Echelle, FOLIO 150, Sous préfécture St-Julien-en-Genevois

Le téléphérique du Salève (1932 à nos jours)

La gare de départ se situe sur le territoire de la commune d’Etrembières, la gare d’arrivée sur celle de Monnetier-Mornex. Dénivellation de 666 m, 1200 mètres de câble. Actuellement 60 personnes sont transportées en 3 minutes (au début 30 personnes en 6 minutes). La période glorieuse, entre 1932 et 1939 a vu jusqu’à 2500 personnes montées dans un dimanche (une attente d’une heure). Le seuil de rentabilité a passé de 30’000 personnes en 1939 à 200’000 personnes aujourd’hui. En 1970, la Ville d'Annemasse achète le Téléphérique du Salève. Peu de temps après, son exploitation est suspendue sur ordre des services de sécurité. Sa remise en état nécessitait douze millions de francs suisses. Cette somme a été réunie grâce à des fonds suisses (neuf millions) et français (trois millions) et la rénovation a commencé en juillet 1982. La remise en fonction a débuté en avril 1984. Sur le plan juridique, la société française du Téléphérique du Salève, filiale de la société suisse dont le Canton de Genève est le principal actionnaire, a signé avec la municipalité d'Annemasse, le 30 avril 1982, un bail emphytéotique dit "bail à construction" de quarante années expirant le 30 avril 2022. A l'issue de ce bail, les installations du téléphérique reviendront de plein droit à la Ville d'Annemasse, les droits d'exploitation restant de la compétence des communes de Monnetier-Mornex, pour la station supérieure, et d'Etrembières pour la station inférieure. L'exploitation était assurée par une société dépendant du groupe Edmond et Benjamin de Rothschild. La vente de terrains par la société française du Téléphérique du Salève à la Société du Tunnel du Mont-Blanc (STMB) a permis de réaliser une aire de repos inaugurée en avril 1998 avec accès au téléphérique. Elle permettait d'augmenter le nombre des passagers du téléphérique du Salève (80'000 personnes en 1999). Entre 1984 et 1993 il y avait une perte d’un tiers des passagers (MB). En 2007 il y avait 107’000 passages (= trajets = aller ou retour). La société française Veolia Environnement (http://www.veolia.fr) a repris l'exploitation du téléphérique du Salève depuis début 2008. Veolia est une compagnie privée française existante depuis 150 ans. Elle est le leader mondial des services à l'environnement. Présent sur les cinq continents (France 44%, Europe hors France 36%, Amérique du Nord 8%, Asie-Pacifique 7%, Reste du monde 5%) avec 270'000 salariés et un chiffre d'affaires de 30 milliards d'euros. Elle englobe quatre activités : la gestion de l'eau (34%), des déchets (28%), de l'énergie (21%) et des transports de voyageurs (17%) dont http://www.frossard.eu = une entreprise d'autocars implantée dans les 2 Savoie qui fait partie du réseau Veolia Transport depuis 1997 (260 salariés et un parc de 200 véhicules (à ne pas confondre avec la SAT, http://www.sat-autocars.com, 300 salariés et un parc de 240 véhicules)). Veolia percevra des allocations de 300'000 francs par année du GLCT (Groupement Local de Coopération Tansfrontalière, créé en mars 2006 pour élaborer des stratégies de sauvetage suite au déficit des installations du Salève) jusqu'en 2012. Une somme répartie à hauteur de 50% pour l'Etat de Genève et 50% pour les communes françaises limitrophes. Pour combler le trou et équilibrer le budget la solution est le renforcement de l’attractivité du Salève en créant, entre autres, un Signal de Bougy sur le Salève, ou un zoo, ou les deux. Le Pré Vert du Signal de Bougy est un vaste parc de 110 hectares destiné aux familles, aux aînés, aux jeunes. Le parc offre une vaste zone de repos, une surface aux jeux d'enfants, une ferme avec de petits animaux, un parc à daims, un amphithéâtre pour les représentations, un jardin de Madame, un emplacement réservé aux pique-niqueurs, un terrain de sport, un minigolf, un parc aventure de 4 ha (équipé d'un baudrier, vous évolurez dans les arbres jusqu'à 22 mètres de haut en toute sécurité. 7 parcours de niveaux différents et 2 parcours Kids), un restaurant et un sentier " connaissance des arbres et des blocs erratiques ". La Fondation organise également des animations. http://www.signaldebougy.ch

http://www.telepheriquedusaleve.com
http://www.remontees-mecaniques.net/forums/lofiversion/index.php/t1616.html

Voici 7 images du téléphérique du Salève.




Le téléphérique vue du sentier des bûcherons, Ch. Brand - Neydens (Hte Savoie), 1935

Affiche ancienne. © Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève (BPU) :

Passé simple

Entre terre et ciel on s'envole en téléphérique

Le téléphérique du Salève est le thème des journées européennes du patrimoine 2004. Pour la première fois, le mercredi 24 août 1932, il escalade la sentinelle des Alpes pour offrir au visiteur un merveilleux paysage propre au vagabondage.

" Que j'aime mon Salève et sa cime rocheuse " écrivait Georges Favon. Recommandée à la fois pour son bon air et ses cures de santé, la montagne qui domine le Genevois, en plus d'attirer promeneurs et admirateurs, inspira poètes et prosateurs. Guidant aussi de nombreux chercheurs. On a pu suivre les ânes trottinant, emprunter le chemin de fer ou prendre le téléphérique.
Nous sommes en 1932, au coeur de l'été. Quand on regarde le Salève d'en bas, il a l'air sévère. C'est bien mal connaître le compère, complaisant, accueillant et charmant qui offre à qui sait bien le prendre, tous les plaisirs et les joies bucoliques alpestres. Chéri de la jeunesse de la plaine, il est le soleil, le temps des jeux et des bons moments. A deux pas des citadines, Annemasse et Genève dans la brume.

Un audacieux promoteur

En 1932, le Suisse Auguste Piccard s'élève en ballon à 1650 m d'altitude. La cote des exploits s'envole. Un planeur vient de traverser la Manche et un hydravion géant l'Atlantique. Maryse Bastié franchit les 37 km/h en avion. Le Graf Zeppelin rallie l'Amérique du Sud. Plus terre à terre, les voitures se font plus rapides. Au pied du Salève, Auguste Fournier que soutiennent 300 actionnaires s'est entouré d'ingénieurs et d'architectes d'avant garde pour lancer à l'assaut de la citadelle rocheuse un téléphérique. Une gare au Pas de l'Échelle voisine celle où ont rendez-vous le tram de Veyrier et le funiculaire.. A 1'100 mètres, l'autre station est une construction remarquable d'audace, oeuvre de l'architecte Maurice Braillard et aussi de F. Decrock, de G. Riondel. Un dénivelé de 660 m sépare les deux gares. Des câbles tendus supportent deux cabines en bois rouges et jaunes de 30 places chacune. Les trois câbles sont en même temps porteurs et tracteurs selon un système mis au point par l'ingénieur André Rebuffel. L'avantage, placer indifféremment la station motrice en haut ou en bas.

Le bonheur est dans le pré

Ce samedi 27 août 1932, c'est l'inauguration officielle en présence notamment de l'ancien député Etienne Antonelli, conseiller général et du maire d'Annemasse Claudius Montessuit pour couper le ruban. Il fait une chaleur étouffante dans la plaine. L'horaire est respecté avec précision. Après les discours les officiels embarquent. Huit minutes plus tard ils sont sur le " béquet " en béton de la station supérieure. A l'air libre pour humer un peu de fraîcheur des cimes. Tout de suite, c'est l'engouement du public. Pas seulement des estivants. C'est un rendez-vous dominical. En " chaussinettes " dans les spartiates, cheveux au vent, sourire aux lèvres, un pique-nique dans le panier. On a des rêves d'évasion plein la tête et une boîte à souvenirs en noir et blanc en bandoulière. Il n'est pas rare de faire la queue une heure durant avant d'accéder aux cabines. Certains jours, il y a jusqu'à 2500 candidats au voyage qui attendent cet instant de vertige silencieux vécu à quatre mètres seconde. S'il " margagne " en bas, là-haut un frais " bisolet " a vite fait de chasser les " nioles ". On complète le menu d'une tomme " séronnée " achetée au " bouèbe emmontagné " au printemps avec son troupeau. Le tout arrosé déjà d'une " topette " de frais bourru. Les jeunes années courent dans la montagne par les sentiers pleins d'oiseaux et de fleurs. Mais déjà le ciel s'assombrit, des nuages s'amoncellent. Pour tromper l'inquiétude, le sport a la faveur à la TSF (le tennis, la boxe, le tour de France, les jeux olympiques de Los Angeles) entre deux romances de Tino Rossi ou deux amours de Joséphine Baker. Comme le rail et le câble qui auraient pu s'entendre pour vivre ensemble des jours heureux. En effet, Auguste Fournier rêvait d'un " billet circulaire ", chemin de fer et téléphérique qui aurait permis au voyageur de monter à sa guise par un des deux moyens de transport et descendre par l'autre selon son envie. Une cohabitation harmonieuse, à deux, pour la conquête d'une montagne adorée.

Gilbert TARONI

Ferdinand Lassalle

Le début et la fin

Au Bois Carré, près du stand de tir de Veyrier, le 28 août 1864, Ferdinand Lassalle, président du premier grand parti socialiste d’Europe - l’Association générale allemande des ouvriers (Allgemeiner deutscher Arbeiterverein - ADAV) - fut blessé à mort. Il était juif, allemand, d’une famille aisée, portant un nom français, né à Breslau ( = Wroclaw) sur l’Oder, en Prusse orientale (aujourd’hui la Pologne), redoutable escrimeur. A quinze ans, fougueux adolescent, le jeune Lassalle avait de grands projets pour un monde plus juste. Il écrivit dans son journal : « Je voudrais m’élancer dans le monde et conquérir le bonheur... Je veux annoncer la liberté aux peuples, dussé-je en mourir. » ou encore « Quand on voit quelle immense geôle est l’Allemagne, comme les droits de l’homme y sont piétinés, comme treize tyrans y torturent des millions d’hommes, le coeur ne peut que se répandre en larmes sur la sottise de ces gens qui ne brisent pas leurs chaînes, alors qu’ils le pourraient si seulement ils en avaient la volonté. »

La comtesse de Hatzfeld

A l’âge de vingt ans, jeune avocat, il se rend à Paris pour quelques semaines. A cette occasion il francise son nom (Lassal devient Lassalle). A son retour à Berlin, en janvier 1846, il fit la connaissance de la comtesse de Hatzfeld, de vingt ans son aînée. Elle était abandonnée et dépouillée par son mari, qui était son cousin, immensément riche, qu’elle était forcée d’épouser vingt-quatre ans auparavant à l’âge de seize ans. Ils ont deux fils et une fille. Elle demande le divorce et engage Lassalle pour la défendre. En 1854, après neuf ans de combats juridiques, la comtesse obtint gain de cause et récupéra sa liberté et ses biens (300 000 thalers, l’équivalent de quinze millions des francs d’aujourd’hui). En reconnaissance elle fit accorder une rente viagère de 4000 thalers (l’équivalent de 200’000 des francs d’aujourd’hui) à son avocat et ami (en comparaison, 96% de la population de la Prusse d’alors avaient un revenu annuel de moins de 400 thalers). En novembre 1857 Lassalle publie son premier ouvrage important qui a un grand succès littéraire. Il s’installe à Berlin dans un appartement de luxe, servi par un domestique et est reçu dans la Société berlinoise des philosophes.

Sophie de Solutzew

En 1860, à l’âge de trente-cinq ans, souffrant de tuberculose du larynx, il faisait un séjour de santé aux Eaux d’Aix-la-Chapelle. Il y rencontre une jeune Russe, âgée de dix-neuf ans, Sophie de Solutzew (ou Sontseff), qui, accompagnée de son père, y séjourne également. Elle parle mal l’allemand, il ne parle pas le russe. Ils communiquent en français. Lors d’un voyage à Cologne qu’ils firent « en famille » (elle avec son père, lui avec la comtesse de Hatzfeld qu’il présente comme sa tante ou sa mère adoptive), il la demande en mariage. Elle quitte la station en lui promettant d’y réfléchir. Pour étayer sa demande il lui envoie une lettre manuscrite (en français) de quarante pages. Dans cette lettre Lassalle expose à la jeune fille le pour et le contre d’un mariage avec lui. Il se décrit comme un « tombeur de femmes ». Il se dit traiter la gent féminine avec respect (il n’a eu que deux fois une affaire physique avec de jeunes femmes célibataires, sinon toujours avec des femmes mariées). Il lui révèle ses revenus ainsi que la façon dont il les a obtenus. Il la met en garde qu’en l’épousant elle n’aura jamais la sécurité car il est engagé dans la lutte contre le pouvoir pour la cause du peuple et que sa vie sera toujours menacée. « En m’épousant », lui écrit-il, « vous construiriez votre maison sur un volcan ». « D’autre part je suis juif ». Après une deuxième rencontre à Berlin elle lui écrit : « J’ai tardé longtemps à vous donner cette réponse décisive parce que je voulais bien sonder mon coeur et parce que je voulais être sûre que mon affection pour vous ne tient que de l’admiration et de l’estime les plus sincères et les plus exaltés que vous ne pouvez pas inspirer à tous ceux qui vous connaissent. Je vous assure, Lassalle, que si je pouvais n’être guidée que par ma raison, je n’aurais pas hésité un seul instant à vous épouser, mais que puis-je faire de ce coeur indomptable et qui est pourtant le maître de ma vie et de toutes mes actions ?... » .

Hélène von Dönniges - la rencontre

Trois ans plus tard, au début de 1863, en pleine action politique (Lassalle est approché par les ouvriers de Leipzig pour devenir leur chef), quelques mois avant la fondation de l’ADAV [un parti structuré qui a pour but de rassembler les travailleurs pour conquérir le pouvoir politique. Est travailleur quiconque n’a d’autres ressources qu’un salaire en argent dépendant de son temps de travail. Est bourgeois quiconque tire son revenu de l’appropriation des produits du travail (que ce soit sous la forme de profits, intérêts ou de rentes)], à l’âge de trente-huit ans, Lassalle rencontre à Berlin, chez une connaissance commune, Hélène von Dönniges. C’est le coup de foudre. Âgée de vingt ans, fille du chargé d’affaires teutonnes (bavaroises) en Suisse, belle, des cheveux dorés, capricieuse, de mère juive, Hélène était fiancée à un étudiant de son âge d’une famille roumaine noble : Yanko de Racowitz. Le lendemain de la rencontre elle dit à Yanko : « Hier, j’ai rencontré un homme que je suivrais jusqu’au bout du monde, s’il me voulait à lui ». La famille d’Hélène s’oppose farouchement à cette liaison. Les hommes de la famille pensent que leurs carrières d’aristocrates seront interrompues par la venue d’un révolutionnaire au sein de leur famille. Sa grand-mère, chez laquelle elle habite, lui interdit tout contact avec Lassalle. Malgré cela il y a eu encore deux rencontres, dont une soirée avec Yanko, puis Hélène rentre à Genève. Son père abhorre Lassalle, « cet abominable personnage qui veut que les riches partagent avec les pauvres » . Auparavant Lassalle est condamné à douze mois de prison pour incitation politique à la haine et au mépris des institutions de l’État selon les articles 100 et 101 du Code pénal de la Prusse. Il fait appel et en juin 1864, à Düsseldorf, la cour d’appel réduit la peine à six mois de prison. Cette sentence n’est pas exécutée de suite mais le sera avant la fin de 1864. A la mi-juillet, après une année difficile à la présidence de l’ADAV, Lassalle, fatigué, ayant de graves problèmes de santé, épuisé et découragé, va se reposer à Lucerne, dans les montagnes suisses, à Righi-Kaltbad, au-dessus du lac des Quatre-Cantons. Le vingt-cinq juillet 1864 il a une visite surprise : Hélène. Accompagnée d’une amie, elle se trouvait en cure dans l’Oberland bernois, près de Berne, suite à des problèmes de santé. Elle apprit par indiscrétion l’endroit de la retraite de Lassalle et se rendit à Lucerne avec son amie ; (en ce temps on voyageait en chemin de fer, en bateau ou en voiture à cheval). On passa la journée ensemble. Lassalle propose de fuir en France, en Italie ou en Égypte pour se marier. Hélène, plus hésitante refuse (Elle avait l’habitude de dominer les hommes qui l’entouraient et Lassalle avait un fort caractère lui inspirant crainte de disputes à l’avenir). Elle va réfléchir. Le lendemain, en arrivant à Wabern, elle écrit à Lassalle pour lui signifier son accord. Elle pose pourtant deux conditions: essayer de convaincre au préalable ses parents du bien-fondé de ce mariage et faire vite car elle n’a pas beaucoup de force pour lutter contre sa famille. Hélène est fortement tourmentée par sa décision car elle va blesser son fiancé Yanko et combattre ses parents. Deux jours après, Lassalle part pour Berne. Ils passent quatre jours ensemble.

Lassalle, Hélène et sa famille à Genève

Le trois août ils se rendirent à Genève séparément. Il était entendu que Hélène, arrivant à 14h, ne préviendrait pas ses parents de la décision de se marier avec Lassalle. Mais ayant appris qu’en son absence sa jeune soeur s’est fiancée à un comte elle l’a fait. Les parents refusent catégoriquement ce mariage. Le père, hors de lui, enferme Hélène dans sa chambre. La servante lui ouvre la porte. Hélène court à la pension Bovet, à la rue du Mont-Blanc, l’hôtel où Lassalle est descendu en soirée. Lassalle est furieux contre Hélène qui n’a pas agi comme prévu. Hélène est vexée par l’attitude de Lassalle. C’est elle maintenant qui propose la fuite immédiate pour la France. Lassalle refuse. La servante arrive en courant : « Le père arrive avec la police, il faut prendre le premier train dans quinze minutes, j’ai commandé un fiacre qui nous attend dehors ». Lassalle demande à la servante de rentrer à la maison et de prévenir Madame Dönniges. Ils prennent le fiacre pour amener Hélène chez une amie de la famille Dönniges. Madame Dönniges et sa fille arrivent aussitôt. Madame Dönniges exige de récupérer sa fille. Hélène noue ses bras autour du cou de Lassalle. Lassalle, comme un grand seigneur, dénoue ce tendre collier, et ordonne à Hélène de partir avec sa mère. Tard dans la soirée il reçoit la visite du cousin d’Hélène accompagné du futur mari de sa soeur. Ils somment Lassalle de renoncer à Hélène et de quitter Genève faute de quoi il en sera expulsé. Lassalle regrette amèrement de ne pas avoir fui à l’étranger avec Hélène. Les deux personnes reviennent le lendemain et lui remettent une déclaration d’Hélène lui faisant savoir qu’elle a changé d’avis et qu’elle ne veut plus de lui. Lassalle, pensant que cette lettre était écrite sous la contrainte, engage des espions pour surveiller la maison où Hélène est séquestrée. Le père réclame la protection des autorités.

Doutes et rupture

Lassalle commence à douter de la force d’Hélène de pouvoir résister encore longtemps à la pression de sa famille et s’adresse à un avocat pour la « libérer » ( à vingt-et-un ans elle est majeure aussi bien à Genève qu’en Bavière et en Prusse). Il remue ciel et terre en sollicitant l’aide de plusieurs personnes importantes pour convaincre les parents d’Hélène de céder. Il écrit à Hélène : « ... Nulle puissance humaine ne peut t’arracher à moi, si tu restes ferme et fidèle. Je souffre mille morts à chaque instant. Et pourtant cela est impossible. Tu ne peux pas trahir un homme tel que moi, un homme qui t’aime si éperdument. Je souffre mille fois plus que Prométhée sur son rocher. Mais si tu commettais parjure à de si nombreux serments et à un tel amour, la nature humaine en serait déshonorée. Il faudrait douter de toute vérité, de toute fidélité. Tout serait mensonge en ce monde. » (Il a écrit plusieurs lettres à Hélène mais aucune n’est arrivée jusqu’à elle) . A un copain il écrit : « Je ne suis plus Lassalle, à peine suis-je l’ombre de moi-même. O damnation ! Je me sens perdu. Je hurle après Hélène comme une lionne à qui on a enlevé son petit. » . Cet acharnement de Lassalle s’explique par le fait qu’il pensait qu’Hélène tenait toujours à lui dans son for intérieur. Hélène, de son côté, déçue par le comportement de Lassalle à l’hôtel (il l’accuse brutalement de ne pas avoir suivi leur plan commun) et peut-être aussi effrayée par son autoritarisme, son caractère violent, ses exigences vis-à-vis de sa future épouse et sous la pression de sa famille n’a pas la force de lutter : Veut-elle de Lassalle ? Après avoir appris par ses espions que la famille Dönniges a quitté Genève et après avoir chargé un ami, le colonel Rüstow, de continuer la surveillance de la maison et d’essayer de contacter Hélène et de, subsidiairement, préparer son enlèvement, Lassalle quitte la ville le treize août au matin. Il arrive à Munich, capitale de la Bavière, le dix-huit août ayant en tête le dessein de convaincre le roi d’intervenir en sa faveur auprès du père d’Hélène. Il fait appel à Richard Wagner qui a l’oreille attentive du roi ainsi qu’au ministre des affaires étrangères. Il écrit, avec de noirs pressentiments, à la comtesse : « Ah ! Ce serait terrible de périr pour une indigne ! » . Entre-temps, après huit jours d’absence, la famille Dönniges rentre à Genève, où Yanko arrive également d’Heidelberg. M. Dönniges invite M. Rüstow chez lui et prie Hélène de les rejoindre. Celle-ci remet à M. Rüstow une lettre dans laquelle elle prend congé de Lassalle en écrivant que tout est terminé entre eux et qu’elle a décidé d’épouser Yanko. A la demande de Lassalle la comtesse de Hatzfeld arrive également à Genève pour essayer de contacter Hélène et ses parents. Elle envoie une missive à Hélène lui demandant de la rencontrer. Hélène refuse. Suit une lettre de menace à M. Dönniges de la part de M. Rüstow. Sur ces entrefaits Lassalle, et son avocat bavarois (qui a en sa possession une lettre du ministre des affaires étrangères de la Prusse), arrivent à Genève au soir du vingt-quatre août. Ils demandent à voir M. Dönniges, qui accepte. Leur entretien du vingt-cinq août se déroule mal et se termine d’une manière orageuse. Lassalle fait alors remettre par son avocat bavarois, accompagné de son ami Rüstow, une lettre à M. Dönniges par laquelle il exige du père l’autorisation de voir sa fille, dans sa maison, pendant quinze jours ou bien de discuter avec elle en présence de M. Rüstow pendant au maximum deux heures chez le notaire, puis elle déclarera sa volonté devant le notaire. Le père accepte la seconde partie de l’alternative à condition que sa fille l’agrée aussi. En présence des deux hommes de Lassalle il appelle Hélène qui refuse cette solution. Elle est d’accord toutefois d’écrire une lettre d’explication à Lassalle. Nous sommes le vingt-six août.

Le duel

Fou de rage et blessé dans son amour-propre et sa vanité, Lassalle, sans attendre la lettre promise d’Hélène, adresse deux lettres : l’une au père le provoquant en duel, et l’autre au fiancé par laquelle il lui annonce sa bénédiction pour son avenir avec Hélène et lui joint copie de la première lettre. (ndlr : toute réglementation du duel ayant été repoussée par les législateurs, l’initiative vient du comte de Châtauvillard qui, en 1836, publie un code du duel devenu dans toute l’Europe un texte de référence en la matière). L’ambassadeur se dérobe et fuit à Berne. Les frères d’Hélène étant trop jeunes, Yanko prend sur lui la défense de l’honneur de la famille. Conformément aux règles établies du duel, les deux représentants de Yanko : le cousin d’Hélène et le futur mari de sa soeur, rencontrent les deux représentants de Lassalle : le colonel Rüstow et le général Betethlen, pour décider de la suite des événements. [ndlr: le premier devoir des quatre témoins est d’oeuvrer pour une réconciliation en employant tous les moyens qui permettent de sauvegarder l’honneur de leurs mandataires. Si l’entente ne peut se faire, ils doivent déterminer qui est l’offensé (qui a le choix des armes)]. Voici la description du colonel. La partie adverse exige des excuses de la part de Lassalle et la remise des lettres de Mlle de Dönniges. Nous refusons. Cette dernière tentative d’éviter le duel échoue, le duel fut fixé au vingt-huit le matin. Nous optons pour le duel au pistolet à quinze pas (ndlr: une distance relativement courte) et trois temps. Suit une discussion concernant le type de pistolet : pistolets à canons rayés ou lisses. Nos adversaires exigèrent des pistolets rayés, nous, des pistolets lisses (ndlr: les pistolets lisses, démodés, étaient moins précis. Vers 1800 les rayures étaient droites puis en spirales (hélicoïdales) donnant à la balle un mouvement circulaire qui l’aide à garder la direction). Je retourne à l’hôtel et conseille à Lassalle de s’exercer au tir. Il refuse (ndlr: Lassalle était un bon tireur). Pendant ce temps Yanko (ndlr: qui n’a jamais touché un pistolet), a passé tout l’après-midi à tirer. Je me rends chez l’armurier pour chercher les pistolets et apprends que le ressort de l’un d’eux était cassé. Je loue une chambre à l’hôtel Victoria pour être à proximité de Lassalle. Je lui recommandais de ne pas viser trop longtemps, comme il en avait la mauvaise habitude. A minuit nous dormons. A 5h du matin je me rends chez l’armurier pour chercher les deux pistolets. Lassalle me remet son testament que je devais donner à la comtesse pour le déposer entre les mains des autorités de Genève. A 6h30 nous partîmes en voiture (fiacre) pour Carouge. A 7h nous sommes arrivés au point de rendez-vous. Une demi-heure après, la partie adverse arrive. Ils avaient avec eux le docteur Seiler, qui connaissait un endroit convenable. Ils passèrent devant ; nous suivîmes. Dans le voisinage de l’emplacement du duel nous descendîmes de voiture et marchâmes à travers bois jusqu’à l’endroit choisi. Je fus désigné par le sort pour charger le premier coup, et donner le commandement. Les adversaires furent alors placés à quinze pas l’un de l’autre, pendant que je chargeais. (ndlr: les armes étaient tirées au sort entre les adversaires. Les témoins jouant le rôle des modérateurs et juges ; ils sont les arbitres et responsables du combat. Il y avait deux types de duel au pistolet: « au commandement » et « à marche ». Dans le premier cas, dans l’attente du signal les combattants devaient tenir leur arme le bras allongé vers la terre, le long du corps, la crosse du pistolet touchant leur cuisse, ou bien le bras levé, la main tenant le pistolet appuyé contre la tête, le canon levé en l’air. Il était interdit de bouger avant le mot « feu ! » . Au mot « feu ! » ils tiraient sans avancer. Dans le second cas on place les adversaires à plus de quinze pas l’un de l’autre et au commandement ils ont la faculté de s’avancer avant de faire feu, jusqu’à une distance de quinze pas l’un de l’autre). Je devais compter jusqu’à trois de la façon suivante « un » , dix secondes après « deux » , dix secondes après « trois », puis ils pouvaient tirer. Cinq secondes après mon « un » Yanko tira. Lassalle, blessé au ventre, tirant une seconde plus tard, a raté son adversaire. J’ai regardé ma montre quand j’ai entendu quelqu’un demander « Êtes-vous blessé? » et Lassalle répondit : « Oui ». Nous conduisîmes le blessé vers un hangar où un pansement lui fut appliqué. Tandis que la partie adverse s’éloignait, nous menâmes Lassalle vers la voiture, et nous l’aidâmes à monter. Je fis prendre au cocher les routes sans pavés (le pavé, de pierres inégales, causait de fortes douleurs au blessé). Fin de la description du colonel.

Mort de Lassalle

Lassalle mourut trois jours plus tard à Genève, dans les bras de la comtesse et dans d’abominables souffrances, à l’âge de quarante ans. Le corps de Lassalle a été transporté à Breslau via Cologne. Il fut enterré dans le cimetière israélite de Breslau. Son épitaphe indique « ici repose Ferdinand Lassalle - penseur et combattant ». Un monument à sa mémoire (un bloc haut d’un mètre, informe et grisâtre) était érigé en 1891 par la section genevoise de l’Association générale allemande des ouvriers au golf de Bossey, près de l’Étang noir, à quelque distance du château de Crevin (voir photo) . Le choix de cet emplacement était probablement dû à la différence entre les pratiques des tribunaux français et suisses en ce qui concerne le duel. A l’époque, les lois des deux pays étaient les mêmes : le duel était un délit de droit commun. Dans les faits, s’il y a procès en France, le tribunal se contentait de vérifier que le duel était régulier (audition des témoins, vérification du procès-verbal) et acquittait les duellistes et les témoins. En Suisse on appliquait la loi. De nos jours le duel est assimilé par la loi à un assassinat s’il entraîne la mort ; sinon, à des coups et blessures volontaires. Aujourd’hui, un gros bloc erratique dit « La Pierre » se trouve à l’emplacement supposé du duel, près du chemin des Bûcherons à Veyrier (Suisse) (voir carte). Ce bloc a été déplacé de trois mètres en 2001 lors de la construction des villas dans la clairière.

Mariage et mort d’Hélène

Six mois après la tragique issue de ce duel la belle Hélène épouse Yanko qui est déjà très malade. Il meurt cinq mois plus tard de tuberculose. Elle épousa ensuite un grand acteur allemand, dont elle divorça au bout de cinq ans pour épouser un révolutionnaire russe. A la mort de celui-ci à Munich en 1911, Hélène se suicida en avalant du poison, presque cinquante ans après la mort de Ferdinand Lassalle.

L’action politique de Lassalle

Lassalle est l’un des pères du socialisme allemand. Les premiers mois de la révolution de 1848 en Europe (janvier en Italie, février à Paris, mars à Vienne et Berlin) Lassalle, âgé de vingt-trois ans, les passait en prison à cause des méthodes peu licites qu’il utilisait pour obtenir des preuves contre Edmund de Hatzfeld. En sortant de prison il oeuvrait pour la révolution à Düsseldorf, ce que lui a valu 6 mois supplémentaires de prison. La révolution de 1848 était une tentative de renverser l’ordre établi et, entre autres, la monarchie prussienne avec comme modèle la révolution française de 1789 qui a mis une fin brutale au règne de Louis 16. Mais elle a échoué. En 1848 Lassalle rencontra Karl Marx et Friedrich Engels, sept ans, respectivement cinq ans plus âgés que lui, coauteurs du Manifeste du parti communiste de 1847. Mais les théories des deux exilés d’un côté, Lassalle de l’autre, divergeaient : Lassalle souhaitait que l’État devienne social selon un cheminement démocratique (« Les chaînes qui chargent les travailleurs ne peuvent leur être enlevées que dans la paix... avec l’assistance sympathique des classes capitalistes. ») tandis que Marx et Engels optaient pour la révolution. Marx, dont le Capital (1867) est devenu la bible de la gauche, a éclipsé Lassalle mais la clarté de Lassalle facilitait la compréhension du sujet car le langage de Marx était plutôt obscur. Étant donné la répression qui a suivi en 1849 l’insurrection de 1848, Marx a été obligé de quitter l’Allemagne. Il se réfugie à Londres. Engels a fui vers le sud de l’Allemagne pour rejoindre le reste de l’armée révolutionnaire, puis à Manchester (Angleterre). Lassalle avait nourri l’illusion que le gouvernement de Bismarck (appelé à la tête du gouvernement en septembre 1862) interviendrait en faveur du socialisme. Développant la théorie malthusienne sur la surpopulation et s’appuyant sur Adam Smith et David Ricardo il énonça en mars 1863 la « loi d’airain des salaires » selon laquelle les coûts de production limitent au minimum vital les salaires des ouvriers. Cette théorie était basée sur la pression croissante des personnes sans terre ni capital sur le taux du salaire. Selon elle, les gens, de plus en plus nombreux, étaient d’accord d’accepter un salaire très bas plutôt que de mourir de faim. Si le capital augmente à cause de l’augmentation de la non-consommation c.-à-d. de l’épargne, l’augmentation subséquente du niveau de vie poussera les gens à se multiplier davantage d’où une augmentation de l’offre de travail. En ajoutant de plus en plus de la main-d’oeuvre à une quantité fixe de terre (ou de capital) chaque personne supplémentaire crée de moins en moins de richesse (la loi des rendements décroissants). D’autre part les machines font de plus en plus le travail à la place des hommes. Par conséquent le salaire correspond au minimum vital c.-à-d. au coût de subsistance. Le salaire ne peut non plus s’abaisser pendant longtemps au-dessous de ce qui est nécessaire à l’entretien de l’existence car en ce cas la misère amènerait une diminution du nombre des ouvriers causant la remontée du niveau des salaires. Lassalle revendiquait l’instauration du suffrage universel en Prusse (un homme égale une voix et non le système de trois classes où les riches de la classe « une » (150’000 personnes) ont plus de poids que les pauvres de la classe « trois » (2,7 millions de personnes) et une aide étatique à la création des coopératives de production (faute de mieux car son but ultime était l’abolition de la propriété privée des moyens de production comme le capital et la terre). Pendant que Marx et Engels écrivaient leurs théories à l’abri des lois anglaises à l’arrière des champs de batailles (mais en luttant avec la pauvreté et la misère) Lassalle était au front s’adressant à la classe ouvrière et se frottant à la police prussienne. A la mort de Lassalle l’ADAV comptait 5000 membres groupés surtout autour du Rhin [très peu à Berlin où la majorité de la gauche faisait partie du parti (bourgeois) progressiste]. Dix ans après sa mort, en 1875, dans un congrès à Gotha, l’ADAV fusionnera avec le parti marxiste pour donner naissance au SAPD, l’ancêtre du parti social-démocrate allemand actuel.

Bibliographie pour le chapitre sur Ferdinand Lassalle

BH - Bordeaux Henry : Amours du temps passé, Paris, Plon, 1923, Les amants de Genève, pages 209 à 290 (BPU:SA 6839)

DHS1 - Dayan-Herzbrun Sonia : Correspondance Marx - Lassalle 1848-1864, PUF, Paris, 1977, 460 pages (dont 35 pages de présentation) (BPU:Tf 2323)

DHS2 - Dayan-Herzbrun Sonia : L’invention du parti ouvrier, L’Harmattan, Paris, 1990, 200 pages (BPU:Th 7412)

FD - Footman David : Ferdinand Lassalle : Romantic Revolutionary, Greenwood Press, New York, 1947 et 1969, 250 pages (BPU:Tk 8201)

HH - Heubner Hermann : Ferdinand Lassalle : drame en 5 actes, Genève 1906, 85 pages (BPU:BTM 298)

SE - Seillière Ernest : Etudes sur Ferdinand Lassalle, fondateur du parti socialiste allemand, Plon, Paris, 1897, 400 pages (BPU: T 2136).

L'AGAS visite, le 30 janvier 2005, la stèle de F. Lassalle, qui se trouve au milieu du terrain de golf de Bossey, près du trou numéro 8 (accès possible car 10 cm de neige). De gauche à droite : Kamil, Sibylle, Charlotte et Ruth. Photo prise par Gérard.

Autre

Les Voûtes sont des roches saillantes et horizontales sur le petit Salève côté Genève. L’accès aux voûtes n’est plus par le château de l’Ermitage mais par derrière. A 15 m au-dessous des Voûtes s’ouvre une grotte: le Trou du Diable, 70m de profondeur. 

Historiens: Réné-Louis Piachaud, Pierre Bertrand, David Haller, Claude Weber, Louis Blondel. Noms communs à Monnetier: Descombes, Vidonne, Corajod, Ducimetière.

1822: Monnetier brûle et le dernier ours est tué au Salève (48 bâtiments détruits, il ne restait que l’église et 3 maisons).
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La Grotte des Faux-Monnayeurs

Au-dessus du sentier du pas-de-l'Echelle, un peu avant l'escalier conduisant au vallon de Monnetier, en dessous des voûtes des Chèvres (dites aussi Vire du Canapé, ou plus simplement le Canapé), se trouve une caverne qui abrita une fabrication de fausse monnaie, une bien curieuse histoire…

Le 5 avril 1801, des gens de Veyrier, entendant un bruit suspect dans la montagne, décident d'y monter en compagnie de leur maire, M. Portier. Arrivés près d'une grotte, ils distinguent le bruit de coups sourds frappés à intervalles réguliers. Ils se précipitent à l'intérieur et y découvrent un homme en train de battre monnaie ! Il s'agissait des batz de Berne portant sur une face l'écusson à l'ours et la légende "Moneta Reipub. Bernensis CR 4", tandis que, sur l'autre, apparaissait une croix entourée de la devise "Dominus Providebit" et le millésime 1793. On récolta là, nous dit Walter Zurbuchen ("Des Faux-Monnayeurs au travail dans une grotte du Salève", Tribune de Genève du 5.10.68), 792 pièces terminées ! L'individu, un nommé Pierre Poulin, originaire d'Yvorne, fut immédiatement arrêté, jugé à Genève, alors chef-lieu du département du Léman, et condamné à quinze ans de fers.

Les pièces frappées étaient en cuivre, alors que le batz de Berne devait contenir 229 millièmes d'argent. Il correspondait à peu près à la pièce genevoise de 6 sols (au cours d'aujourd'hui, la monnaie saisie dans la grotte représenterait une valeur approximative d'un millier de francs).

Les années passent. Près d'un siècle plus tard, en 1892, avait lieu la construction du chemin de fer électrique à crémaillère, maintenant disparu. Lors des travaux du percement du tunnel du Pas-de-l'Echelle, long de 110 mètres, on installa une forge dans la fameuse grotte. Or, le 11 août 1892, rappelle Walter Zurbuchen, les ouvriers découvrirent là une cachette contenant 1100 pièces de monnaie en excellent état ! Elles consistaient en deniers des évêques de Genève des 11e et 12e siècles, qui avaient dû être dissimulées à cet endroit vers l'an 1135 à peu près : c'était un véritable trésor dont la valeur de collection était inestimable. On a supposé qu'il s'agissait d'une caisse publique dérobée par un malfaiteur qui l'aurait enfuie dans cette caverne où elle a attendu plus de sept siècles et demi avant d'y être découverte…

Et maintenant cette histoire devient rocambolesque. Les ouvriers, persuadés qu'il s'agissait de fausse monnaie à cause de l'affaire Poulin, dispersèrent ces monnaies, les distribuant aux enfants et les jetant même ici ou là… Puis ces braves gens en échangèrent dans les cabarets : une poignée pour un verre d'absinthe !

Mais on s'aperçut rapidement de leur grande valeur et les "cours" passèrent en quelques jours, de 3 deniers pour dix centimes à 1 denier pour un franc, puis pour cinq et enfin pour vingt cinq francs ! On les rechercha alors partout avec ardeur, ce qui permit de reconstituer en partie le trésor initial. C'est alors que d'ingénieux aigrefins, voyant la demande augmenter et se souvenant de la Grotte des Faux-Monnayeurs, décidèrent d'en fabriquer… et c'est ainsi que des faux deniers ne tardèrent pas à circuler dans les mains des collectionneurs ! (PJJ)
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En 1852 Ernest Naville, théologien et philosophe genevois, achète le flanc est du Salève, côté Roches de Faverges (La Pile, Grange Gaby, Grange Passey). Il conclu un accord pour une participation de la Savoie dans la construction de la route Monnetier - Treize-Arbres. Malheureusement pour lui, la France en 1860 n’a pas respecté cet engagement et il dû supporter seul la totalité des frais (15’000 frs). En ces temps le sommet du Salève était déboisé à cause des mines de fer. E. Naville a effectué un reboisement intensif du sommet. Aujourd’hui, les 2 Granges appartiennent aux descendants de E. Naville, la Pile a été vendue. Grange Gaby a brûlé, pour une raison inconnue, un après-midi de janvier 1993. Sa restauration a commencé 10 ans après, en 2003, par l’architecte Michel de Senarclens dit Sarcleret, elle était achévée plus tard par les deux copropriétaires actuels de la ferme.
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Suit un article tiré du bulletin mensuel de la section genevoise du club alpin suisse d'avril 2010.

La nature est vraiment une merveille placée devant le regard de notre âme. La croissance d’un brin d’herbe, les démarches d’une fourmi, renferment pour un observateur attentif des prodiges de sagesse. Une goutte de rosée réfléchissant les rayons du matin, le jeu de la lumière entre les feuilles d’un arbre, renferment des trésors de poésie.

Ernest Naville

Ernest Naville à Grange Gaby, Salève

La prise de conscience écologique de notre environnement est un progrès récent et les hommes (tout au moins une partie d’entre eux) commencent seulement à comprendre que les océans et l’atmosphère ne sont pas des poubelles sans fond et qu’ils doivent prendre garde de ne pas détruire à jamais le monde qui nous entoure, ceci même si nous ne sommes pas responsables de tous les désagréments que nous rencontrons sur notre planète.

La destruction des forêts, par exemple, est déjà une réalité depuis fort longtemps. En l’an 1853, lorsqu’ Ernest Naville, éminent citoyen genevois, théologien, philosophe et poète, fait l’acquisition du domaine de Grange Gaby, à 1210 m d’altitude, sur le flanc méridional du Grand Salève, la montagne présente une calvitie avancée. Il faut absolument y remédier et le nouveau propriétaire, qui va recevoir jusqu’à la fin du siècle nombre de personnages parmi les plus illustres de la planète, y tient absolument. Durant la seconde moitié du 19e siècle, Grange-Gaby est devenu un centre intellectuel unique en son genre. D’autre part, de santé fragile, Ernest Naville a acquis ce domaine (en même temps que deux autres également sur le Salève) pour être au calme et bénéficier de la fraîcheur de l’air montagnard. Ne dit-on pas de Mornex, la localité la plus proche, qu’elle est le Nice de la Savoie.

Sitôt installé, le nouveau propriétaire fait immédiatement planter, avec l’aide de son fidèle aide-forestier François Cotton, des arbres, une forêt même: 4900 mélèzes, 1100 pins et 800 aroles. L’opération ne fut pas couronnée d’un franc succès et beaucoup de ces arbres périrent, tous les aroles en particulier. La sylviculture était encore une science en devenir. Toutefois, à ce propos, il est intéressant de remarquer que, en 1818 déjà, on trouve sous la plume d’un responsable du district forestier de l’Oberland bernois, K. A. Kasthofer, les prémices de la notion d’une gestion durable des forêts. Ailleurs en Europe, en France et en Allemagne en particulier, la pénurie de bois aux 18e et 19e siècles avait aussi amené les forestiers à devenir des pionniers en matière de gestion de l’énergie et des ressources naturelles.

Malgré les problèmes rencontrés, Ernest Naville ne renoncera pas et les archives conservées témoignent de l’acharnement qu’il a mis, durant les décennies suivantes, à faire planter des arbres par milliers, jusque dans le flanc nord abrupt du Salève. Cette persévérance a certainement eu pour effet de modifier heureusement l’aspect de la montagne et de contribuer à rendre son climat plus agréable.

Pour connaître les causes principales de la déforestation du Salève, nous pouvons aborder le problème par le biais de l’étymologie du mot Gaby qui pourrait avoir eu la signification de mine. Il existe en effet dans la séquence sédimentaire du Salève un niveau de grès ferrugineux (appelé Sidérolithique), datant de l’Eocène (début de l’ère Tertiaire) qui a été exploité déjà au temps des Celtes (1er millénaire avant JC). Albert Naville, un des fils d’Ernest, qui a publié une étude sur ce sujet n’exclut pas que les Phéniciens aient même précédé les Celtes et les Gallo-Romains. Du bois était aussi nécessaire pour la fabrication de la chaux vive, l’exploitation du calcaire remontant au Moyen Age. Il ne faut pas oublier non plus le Petit Age Glaciaire (16e au milieu du 19e siècle) dont les effets ont été dramatiques pour les populations pauvres qui n’avaient d’autre ressource pour se chauffer que l’abattage des arbres.

Pour terminer, mentionnons que la propriété de Grange Gaby appartient toujours aux descendants d’Ernest Naville. La mare qui se trouve à coté de la propriété aurait été utilisée par les Celtes pour le lavage du minerai de fer.

Sources:

Mayor Jean-Claude, 1988. Le Salève en mosaïque, dans le Grand Livre du Salève, Ed. Tribune de Genève.
Rebetez Martine, 2006. La Suisse se réchauffe, Coll. Le Savoir Suisse.
Weber Claude. Diverses parutions dans la revue SALEVES, bulletin de la Commune Monnetier-Mornex-Esserts.

Ronald Chessex (par Bruno Maurer). Voir : http://www.cas-geneve.ch/pdf/Bulletin-GE-2010-04.pdf
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Dans le « Guide de l’Ascensionniste » rédigé en 1893 par la section genevoise du CAS il est indiqué un temps de marche de 15 heures pour effectuer la montée du Môle, temps incluant l’aller-retour depuis Genève (en ce temps-là, on partait de Genève à pied pour gagner la base des montagnes). En 1920 il y avais à Genève 60 clubs de montagne. Vers 1930 des câbles électriques aériens montaient les bobsleighs (luges) et leurs occupants de Collonges via la Croisette aux Pitons. Depuis les Pitons les lugeurs empruntaient une piste de 3 km (pente 8%, largeur 5m) vers la Croisette, puis 5 km (pente de 12%, largeur de 3 m) vers le Coin, puis (qu’en cas de fort enneigement) 2 km (pente de 13%, largeur de 5m) vers Collonges. Entre 1930 et 1940 les routes carrossables de la crête : Cruseilles - La Croisette - Monnetier et la route Le Coin - La Croisette fut construites.

Le golf de Bossey est construit en 1983. Le Salève offre beaucoup de possibilités de varappe. Le mot « varappe » vient de « var » qui signifie « sommet rocheux et aride » d’une racine pré-indoeuropéenne. Ce mot régional a passé dans la langue française.

Richard Wagner séjourne pendant 2 mois pour soigner son eczéma à Mornex en l’été de 1856 après avoir composé son chef d’oeuvre, la Walkyrie (les Walkyries étaient des divinités féminines de la mythologie germanique qui accueillaient au paradis les héros morts au combat). John Ruskin, peintre, critique d’art, sociologue et écrivain anglais, séjourne à Mornex en 1862-3. A propos de Mornex voici un passage du poète Gaudy-Le Fort, dont la belle demeure de commerçant enrichi est devenue la mairie d’Onex: « Amis, voilà Mornex! c’est là qu’on se repose, c’est là que chaque jour prend une teinte rose, c’est là que le génie admire et se recueille, qu’à l’album de sa vie on ajoute une feuille... » . Ce même personnage, de son vrai nom Jean-Amé Gaudy (1773-1850), disait que Mornex était « Nice en miniature, moins la mer, moins les oliviers et les Anglais... »  voir « Lieux d’excursions et de villégiature de HFA » dans « Amiel et son temps » dans http://www.amiel.org/atelier/vie/viedamiel.html ainsi que http://www.amiel.org/atelier/oeuvre/inedits/Balladallobroge.pdf . Stendhal, auteur français, de passage à Genève en 1830, voyant les dégâts causés par l’exploitation excessive des carrières, considérait le Salève comme un vilain rocher pelé qu’il aurait bien voulu faire sauter. Nikolaï Vassilievitch Gogol, écrivain russe (Le Revizor, Tarass Boulba, les Ames mortes) chasse au Salève en 1836. Jean-Jacques Rousseau, philosophe et écrivain suisse, séjourne à Bossey. Alphonse de Lamartine, poète français, se promène sur les flancs de la montagne. George Gordon Byron, lord, poète anglais, a laissé sa trace au Gd Piton (accompagné de Lamartine). Camille Corot (1796-1875) et Gustave Courbet (1819-1877) fixent le Salève sur leurs toiles. Giuseppe Verdi, musicien italien, âgé de 45 ans, veuf depuis 19 ans, se marie le 29 août 1859 à l’église de Collonges sous Salève avec la cantatrice Giuseppina Strepponi après 12 ans de vie commune. En guise de témoins, ils ont pris leur cocher et le sonneur de cloche de l’église.

2 sites concernant Giuseppe Verdi : http://ring.mithec.com/side/verdi.html   et   http://fr.wikipedia.org/wiki/Giuseppe_Verdi , ainsi que http://www.collonges.net (Découvrir et Les Personnages et Giuseppe VERDI).
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Quand le drapeau suisse s'affichait au Salève !

Dans les années 1960, c'est avec stupeur que les habitants de Collonges découvrent un matin un gigantesque drapeau suisse peint sur les falaises du Salève. L'affaire fit grand bruit, car déjà à l'époque, les Savoyards appréciaient moyennement que l'on appelle le Salève " la montagne des Genevois " et que ces derniers s'y considèrent un peu comme chez eux. Imaginez donc la stupeur des habitants de Collonges-sous-Salève et de la région qui découvrent un matin qu'un gigantesque drapeau suisse a été peint dans la nuit sur la grande plaque blanche de la Corraterie, cette barre rocheuse du sommet du Salève qui domine toute la plaine du Genevois. Pour arriver à leurs fins, les auteurs de cette forfaiture nocturne ont dû couvrir pendant des heures des dizaines de mètres carrés de rochers blancs avec de la peinture rouge. L'affaire fait un beau scandale et occupe toutes les conversations des gens de la région. Bientôt, le ton monte contre ces satanés Genevois qui, non contents de coloniser le Salève, marquent maintenant leur territoire ! Les gendarmes, dépêchés sur place, constatent que le site du forfait est difficile d'accès et que ses auteurs doivent être à la fois sportifs et bons connaisseurs du site. Cette constatation fait derechef des membres du club Alpin Suisse, omniprésents sur le massif, des suspects de premier ordre ! Pour corser le tout, la presse s'empare de l'affaire et fait monter la mayonnaise tant du côté suisse que du côté français. Effrayés par la tournure que prennent les évènements, les coupables de ce crime de " lèse-Salève " décident alors de se dénoncer. Ni suisses, ni français, les auteurs de ce barbouillage nationaliste n'étaient autres que trois étudiants américains qui, ayant terminé avec succès leurs études au séminaire adventiste du Coin (un hameau sur les hauteurs de Collonges), avaient décidés de fêter leur réussite en réalisant cette farce qu'ils pensaient bien innocente ! Sportifs et bien équipés, ils avaient donc peint pendant de longues heures ce gigantesque drapeau suisse sur cette célèbre plaque blanche de la Corraterie qui se voit à des kilomètres à la ronde. Et le plus beau dans cette histoire, c'est que ces braves jeunes gens qui venaient d'un pays aussi vaste que les Etats-Unis n'avaient pas imaginé une seule seconde durant leur séjour au Coin que cette montagne si proche de Genève pouvait être française ! On fit donc disparaître ce drapeau suisse qui fut néanmoins remplacé quelques années plus tard par un drapeau savoyard, de plus petite taille, qui orne encore aujourd'hui ce flanc de montagne.

D'après Dominique Ernst "Legendes du Salève" septembre 2008.
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Article du Dauphiné Libéré du samedi 1er août 2009 page 14 (Copyright Dauphiné libéré)

Il y a 40 ans, un drapeau rouge à croix blanche était peint là haut sur la montagne…

La peinture du drapeau savoyard peint sur les parois du Salève commence à s’estomper. « J’espère que quelqu’un va bientôt monter le rafraîchir » plaisante Georges Sache. En temps que secrétaire général de Collonges sous Salève à la fin des années 1960, il est en première ligne le matin de la fin juin où la commune haut-savoyarde s’est réveillée un drapeau suisse sur la tête. « Quel foin ça avait fait. Déjà que les Genevois parlaient toujours de “leur” Salève, les gens du coin y ont vu une volonté de s’approprier cette montagne bien française…» À l’époque, la commune porte plainte. Le sous-préfet s’en mêle. Côté français, c’est le branle-bas de combat. Les journaux genevois, eux, prennent l’anecdote avec le sourire, même si le club alpin suisse est un temps pointé du doigt. À tort. Des étudiants américains ou canadiens du campus adventiste situé au lieu-dit Coin à Collonges, finissent par avouer être à l’origine de la farce. « Ils voulaient fêter la réussite de leurs examens et se seraient trompés de drapeau. » D’autres sources affirment que les jeunes étaient persuadés que le Salève était…en Suisse. « De toute façon, le drapeau n’a pas duré bien longtemps. Des gars du coin sont montés pour prolonger la croix jusqu’au bord, pour en faire un drapeau savoyard. » En une semaine, l’affaire est élucidée mais le dessin reste, deux fois plus grand que maintenant. Des générations d’enfants du Genevois ont ainsi grandi à l’ombre de la croix de Savoie, qui au fil des ans s’est transformée en grande tâche blanche. « Quand j’étais petit, je croyais que les Indiens nous envoyaient des signaux avec un drapeau blanc, confie un habitant de Présilly. C’était l’époque où on regardait des westerns le mardi soir…» Peu à peu, l’affaire tombe dans l’oubli. Jusqu’au jour de 1999 où l’histoire se répète. Un matin, le drapeau était à nouveau bien visible. Bien savoyard cette fois. À l’époque, la gendarmerie ouvre à nouveau une enquête. Dix ans plus tard, les archives sont déjà à Paris et donc presque inaccessibles. « On n’a jamais vraiment su qui était derrière ça » constate Georges Sache. D’après certaines rumeurs, une équipe de la ligue savoisienne serait descendue en rappel le long de la paroi pour repeindre le drapeau savoyard et, surtout, ajouter le mot “libre” en dessous. Une anecdote que personne n’a pu jusqu’ici confirmer. Juliette GALEAZZI . Sources : “Histoires et légendes au pays du Salève” de Dominique Ernst, 2008 et www.collonges-sous-saleve.fr .

REPÈRES

IDÉE DE BALADE : LA CORRATERIE Dénivelé : aucun. Temps : 2 heures. Départ de la route qui relie la Croisette au Téléphérique. Le sentier traverse horizontalement le Salève de la Croisette au haut de la Grande Gorge juste en dessous des pâturages du sommet. On y croise souvent des chamois mais si elle offre un panorama unique sur le Genevois et le Jura, la balade peut impressionner les personnes sujettes au vertige.

L’ANECDOTE

Se demander lequel du drapeau savoyard ou du drapeau suisse était là en premier revient à se demander si la poule a précédé l’oeuf ou le contraire. Rectangulaire à croix blanche touchant les bords, le drapeau savoyard reprendrait les armoiries des ducs de Savoie. La constitution fédérale arrêta en 1848 un drapeau carré rouge à croix blanche pour représenter la Suisse, mais ce symbole préexistait à ce choix. La Confédération est le seul pays au monde avec le Vatican à avoir un drapeau carré.

L’ÉVÉNEMENT

À l’occasion de la fête nationale suisse, l’union suisse du Genevois organise une réception à l’arrivée du Téléphérique, en présence du sous-préfet de Saint-Julien et du député Claude Birraux. Les inscriptions pour le repas sont closes mais un apéro sera offert après la partie officielle. Par son emplacement, le Salève peut être un bon emplacement pour observer les feux d’artifices qui seront tirés à Genève vers 23h. Le téléphérique fonctionnera plus tard que d’habitude.
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Le « Bois Salève » au Pas de l’Echelle : jadis et aujourd'hui. Le site de l'Association des anciens de Bois Salève : http://www.bois-saleve.com/ . Une maison d'accueil qui recevait et éduquait les enfants des familles défaillantes des cheminots du Sud-est de la France : "les orphelins du rail".

Bibliographie

BJJ - Boimond Jean-Jacques : Le Salève, images et anecdotes, 223 p., Imprimerie Marendaz, 1987.

BH - Bordeaux Henry : Amours du temps passé, Paris, Plon, 1923, les amants de Genève,pages 209 à 290.

C - Collectif : Le Grand Livre du Salève, 272 pages, Tribune Édition, Genève, 1988.

CAS - Club Alpin Suisse - section genevoise, Le Salève: description scientifique et pitoresque, Kündig (Georg), 1899, 448 pages, Réimpression: Slatkine, 1979.

CG - Chevallier Georgette : Quelques images litteraires du Salève, Échos Saléviens n°9, 40 pages, 2000 [25.- FS]

CJ  - Casari Jacqueline : Promenades dans l’histoire du Salève, Ed. de l’Emeraude, Genève, 1988.

DD - Decrouez Danielle et Charollais Jean : De Genève au Mont-Blanc - les roches racontent.

ED - Ernst Dominique : Legendes du Salève, septembre 2008 .

LG - Lepère Gérard : Le chemin de fer à crémaillère du Salève, La Salévienne, Échos Saléviens n°4, 128 pages, 80 illustrations, 1994 [25.- FS, épuisé, une réimpression avec beaucoup de nouveau matériel est prévu en 2004 ou 2005]

MB - Manzoni Béatrice: Le téléphérique du Salève, Échos Saléviens n°10, 40 pages, 2001[25.- FS]

MJC1 - Mayor Jean-Claude: Le Salève à la Belle Époque, 104 p., Slatkine, Genève, 1996. [20.- FS]

MJC2 - Mayor J-C: Légendes et Visages du Salève, 200 p., Slatkine, Genève, 1997. [27.- FS]

PG - Primatesta Georges : Paysages genevois, Delachaux et Niestlé, Neuchatel, Paris, 1984.

PJJ - Pittard Jean-Jacques , Le Salève souterrain, Tribune Editions, 1979, pages 46-48

PR - Piachaud René-Louis: Le Salève, Albert Ciana, Genève, 1924, Réimpression: Slatkine, 1991.

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Affiches anciennes. © Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève (BPU) et © Dominique Frascarolo:


Les promenades au Salève avant 1932. Avant la mise en service du téléphérique le 7 août 1932 et la construction, la même année, d'une route qui permettait aux automobiles d'atteindre le sommet de la montagne, les touristes et les promeneurs allaient au Salève à pied, à dos d'âne, en calèche tirée par des chevaux ou dès 1892 avec le funiculaire du Salève, le train électrique à crémaillère.


La croix (construit en 1874 en granite) au restaurant de la Croix, au bord de la route des Crêtes, à 890 mètres d'altitude, avant la construction de la D41 et du restaurant . © D. Frascarolo












1-1-E - La mise en valeur du massif : une histoire ancienne

Directive de protection et de mise en valeur des paysages du Salève
Rapport de présentation - Décembre 2000

Un paysage qui remonte au paléolithique

L'occupation humaine du pied du Salève remonte aux environs de 12’000 avant J.C. avec I'installation de chasseurs de rennes magdaléniens, vers le Pas de I'échelle.

Il y a 15'000 ans, juste après le retrait des glaciers, l’Homo sapiens, l’homme moderne, a trouvé refuge dans les cavités rocheuses du Salève et du Vuache. Ces hommes de la fin du Paléolithique appelés Magdaléniens étaient des chasseurs-cueilleurs qui commençaient à pratiquer la gravure et à fabriquer des outils. Ils chassaient le gibier comme le Renne ou l’Elan. Voici une reconstitution du campement de Veyrier-Etrembières des Magdaléniens.

C’est à cette période aussi que commence à se former un « paysage » proche de celui que l’on connaît aujourd'hui. Le Salève est dégagé des glaces et la disparition des pressions exercées contre les parois du massif entraîne un gigantesque éboulement dans la région du Pas de I'échelle (vers 12’400-12’000). Une forêt naissante dominée par le bouleau laisse place à une vaste forêt de pins dans la plaine et jusqu'à 1’400 m. Dès 10’000, un climat proche de I'actuel s'installe et les premières espèces a feuilles caduques apparaissent.

Des traces encore très prégnantes de la présence gauloise

Après cette première occupation humaine, la mise en valeur du Salève a pris des formes diverses.

La toponymie a gardé les traces de i'idiome indo-européen des agriculteurs du néolithique, comme sal (Salève) signifiant pente à éboulis, ou var (Varappe) : sommet rocheux et aride.

Les celtes et les gaulois Allobroges vont trouver au Salève un lieu d'excellence pour développer leur production métallurgique du fait de la présence de dépôts sidérolithiques. Cette production a laissé des traces dans le paysage, notamment sur le sommet du Salève : trous superficiels réguliers correspondant aux lieux d'extraction, comme I'étang de Faverges.

C’est de cette période que date vraisemblablement la déforestation du haut du Salève afin d'alimenter les fonderies en combustible.

Un site remarquable de « camps celtique » est présent au Petit Salève : « le camp des Allobroges » datant probablement du second âge du fer (Ve siècle à 120 avant J.C.).

La toponymie est marquée par des noms aux origines celtiques :
- les Usses, de ussa : le sillon, la vallée
- les nants, de nantos: petite vallée, ravin
- le Mont Sion, de sedunum : la hauteur fortifiée
- Vovray, de vabra : I'endroit humide
- Mornex, de mar(d)(c)nex : la grande colline
- Neydens, de nec, ner : colline
- le Sappey, de sappus, sappinetum : lieu planté de sapins

Les tracés viaires de la période romaine et du Moyen Age

Dès la période romaine la région est marquée par l'influence de Genève (Genava, chef lieu d'une civitas). La voie principale reliant Genève à Annecy («Boutae» : petite ville à I'époque) longe I'ouest du massif selon un tracé proche de celui de la route nationale actuelle. Une autre route «iter antiquum» passait par Cruseilles et de là s'élevait et longeait la crête du Salève sur toute sa longueur pour rejoindre le pont d'Etrembières. Ce tracé était sans doute lié à l'obstacle que représentaient les forêts des versants et au rôle stratégique de cette route. Des traces de cette ancienne voie sont encore perceptibles (traces du passage des essieux sur la roche) en plusieurs endroits.

Au Moyen Age, l'installation de moines à Monnetier (vers 1150) et Pomier (vers 1170) va être à i'origine de défrichements et d'ouverture de clairières en forêt pour une mise en valeur agricole.

Les Chartreux vont aménager la route franchissant le Mont Sion de Cruseilles au Chable. C’est de cette époque également que date I'aménagement d'un des premiers accès au massif : I'escalier taillé dans la roche qui permet d'accéder à Monnetier et qui est à I'origine du nom « Pas de I'Echelle ».

L'engouement du XIXe siècle, I'histoire des modes d'accès au sommet

Mais la véritable mise en valeur du Salève date du XIXe siècle avec I'apparition du tourisme montagnard.

C’est à cette époque que va naître le rite genevois de la montée au Salève, à I'origine à pieds ou en âne, puis à partir de 1892 en train à crémaillère. Cette mise en valeur est d'ailleurs avant tout marquée par I'histoire de I'aménagement des accès au sommet:

1854 Aménagement du sentier de la Grande Gorge par le club alpin Suisse au départ de Collonges.
1875 Apparition du terme de « varappe » lié aux exploits de certains (les « varappeurs ») pour accéder par la falaise au-dessus d'Archamps.
1892 Mise en service du train à crémaillère.
1925 Ouverture de la route des crêtes.
1932 Inauguration du téléphérique.
1935-36, Construction de la route Monnetier - la Croisette.

Les constructions remarquables

Le Salève, par sa position d'observatoire au-dessus de la plaine genevoise et la barrière physique qu'il constitue, est un lieu stratégique. II n'a pourtant jamais servi de frontière entre Etats, et le projet de fortification que la France songe y édifier en 1883-1884 ne verra jamais le jour.

Cependant, au cours des siècles, des châteaux et « maisons fortes » (résidences de seigneurs qui se protégeaient ou, aux époques plus récentes, demeures d'agrément profitant de vues exceptionnelles) ont été bâtis sur ses pentes ; certains ont disparu :

- Château des comtes de Genève à Mornex,
- Château d'Etrembières,
- Château des Avenières,
- Château de I'Ermitage (Monnetier)
- Château de Crevin édifié vers 1700.

Par ailleurs quelques fermes importantes ont été construites au 18e comme celle de Mikerne.

L'histoire d'une montagne en quelques épisodes

d’après Monsieur Bernard Crettaz, ancien conservateur du Musée d'ethnographie de Genève

• L'homme de la préhistoire s'installe dans ce site tout-à-fait étonnant qui lui sert d'abri naturel, avec une géologie, une hydrographie, une flore et une faune adaptée. C'est toute la préhistoire et l'histoire du bassin genevois qui est définie ici.
• Au Moyen-âge, les moines chartreux de Pomier indiquent comment le Salève a servi de lieu de spiritualité, de centre de culture et d'élevage et de passage pour le col du Mont-de-Sion. La fin de l'abbaye de Pomier résume l'écho de la Révolution française dès 1793.
• Villages, communautés et châteaux s'épanouissent au pied du Salève. Ainsi sont exprimés ici tous les liens de Genève et de la Savoie, du protestantisme et du catholicisme.
• Histoire et sociologie du col du Mont-de-Sion et de son importance.
• Dès sa jeunesse, Horace-Bénédict de Saussure parcourt le Salève et il écrit: "je me rappelle encore le saisissement que j'éprouvai la première fois que mes mains touchèrent le rocher du Salève et que mes yeux jouirent de ses points de vue". C'est de Genève et de « sa » montagne-laboratoire que va naître la conquête du Mont-Blanc.
• En 1815, à la Restauration, des savants suisses fondent dans le temple de la Nature du Mont-Gosse, au-dessus de Mornex, la Société helvétique des Sciences naturelles. Dans ce temple sont dressées les statues des pères fondateurs de la montagne et de la nature: Linné, de Haller, Rousseau, de Saussure, Bonnet. Le Salève devient une sorte de berceau des sciences de la nature.
• Des villages-stations de moyenne montagne se développent. Ainsi Monnetier et Mornex où, dans le Pavillon des Glycines, en 1856, Wagner se retire pour se reposer après avoir composé la Walkyrie. Des célébrités viennent en ces lieux par ailleurs chantés par les écrivains et les peintres. La médecine de moyenne montagne s'épanouit.
• A la fin du 19ème siècle s'exprime la folie des trains de montagne. Dès 1875, un ingénieur genevois, Du Roveray, demande une concession au Conseil général de la Haute-Savoie. Il est suivi par les ingénieurs de Meuron et Cuénod. La concession est accordée en 1887. En 1892, l'inauguration du premier chemin de fer de montagne 100% électrique est une première mondiale. Ce sera un succès jusqu'au téléphérique en 1932.
• Dès les débuts de l'aventure citadine vers la haute-montagne, le Salève a été la grande école de varappe qui a fait des grimpeurs genevois parmi les alpinistes de premier ordre: Roch, Lambert, Vaucher et des femmes célèbres: Loulou Boulaz et Yvette Vaucher. Au Salève on a expérimenté sans cesse de nouveau matériel de montagne, comme la fameuse chaussure Tricouni du Genevois Félix-Valentin Genecand.
• Dès 1920, les Boueux, et Georges Amoudruz à leur tête, prospectent systématiquement les grottes du Salève qui sont multiples. Les Boueux découvrent les richesses du monde souterrain. Et Amoudruz, à partir des innombrables légendes recueillies ici, commencent à faire de l'ethnographie. D'une certaine façon, la fameuse Collection Amoudruz part du Salève.
• De tout temps on est monté sur le Salève pour voir, pour la beauté du panorama, mais aussi pour s'envoler. De Deluz à Lachat, on a expérimenté tant d'appareils pour ces "merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines". Vol delta et parapente développent toutes les possibilités du terrain de jeu que représente le Salève.
• Dernière arrivée au sommet du Salève, la civilisation du pique-nique multi-ethnique s'épanouit, faisant durant les mois d'été du Salève une sorte de grand lieu de métissage des cultures.
• Genève a donc colonisé cette montagne de France, mais qui témoigne tristement de l'échec d'une vraie politique transfrontalière. Au moment de l'après Rio, le Salève et ses plaies, et ses invasions, crient au scandale. Mais le Salève de tous, le vrai Salève populaire parmi les montagnes les plus populaires, voit venir le salut.
• Entrent en scène au dernier tableau les chevaliers de l'AGEDRI proliférant des menaces graves face aux politiques récalcitrants. Ils portent l'étendard de l'an 3000.

Dictionnaire historique de la Suisse
Le Salève - en français : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F7149.php
Montagne située en Haute-Savoie (F), à la frontière franco-suisse, dominant Genève. Dite la "montagne des Genevois", elle culmine à 1379 m et offre un panorama remarquable aussi bien du côté suisse (campagne genevoise, Léman, Jura) que français (avant-pays savoyard, chaîne des Aravis et Mont-Blanc). Le versant genevois présente des pentes rocheuses quasi verticales, alors que le versant savoyard descend en pente douce. IVe s. monte Seleuco, 1209 Mons Salevus.

Plusieurs grottes ou gisements désignés sous le terme de "station de Veyrier", en réalité sur le territoire de la commune d'Etrembières, au pied du Salève, ont livré des ossements et des outils (silex) du Magdalénien. L'exploitation du fer sur le Salève pourrait avoir commencé à l'âge du Fer déjà; elle est attestée avec certitude aux Ve-VIe s. et aux XIIe-XIIIe s. Des débris de charbon de bois et des résidus métallurgiques ont été retrouvés dans de simples excavations faites à partir de la surface du sol, dont les principales s'alignent sur la partie sommitale aux lieux-dits Les Treize Arbres, Grange-Gaby (acheté avec Grange-Passet en 1853 par Ernest Naville), Faverges, Les Crêts et Le Pommier. L'activité sidérurgique est à l'origine de minuscules étangs (anciens trous à minerais) et probablement de la déforestation des lieux. Dès 1830, on exploita les carrières, qui finirent par entailler la montagne jusqu'à mi-pente. Cette exploitation fait l'objet d'une restriction planifiée par le Ministère français de l'environnement. Une politique conservatoire des alpages a été en outre mise en place.

Dès le XVIIIe s., le Salève fut exploré et étudié par de nombreux naturalistes genevois, comme Horace Bénédict de Saussure (1779). En 1815, la Société helvétique des sciences naturelles fut fondée à Mornex, à l'est du Petit-Salève, par Henri-Albert Gosse et d'autres savants. De 1892 à 1937, un chemin de fer à crémaillère ralliait Veyrier aux Treize Arbres (1067 m d'altitude), contournant le Salève par Etrembières, Mornex et Monnetier (tous en Haute-Savoie). Un téléphérique le remplaça en 1932 (exploitation interrompue de 1975 à 1983); ses deux stations furent édifiées par Maurice Braillard. En 1936, on construisit la route de Monnetier-La Croisette. Le tourisme, contrairement à l'excursionnisme, n'a jamais vraiment pris au Salève., même si Mornex fut une station de cure réputée. En 1933, on comptait quinze hôtels et 247 chambres à Collonges-sous-Salève. Les nombreuses grottes, gouffres, rivières souterraines du Salève en font un terrain propice à la spéléologie. On y pratique divers sports, comme l'alpinisme et la varappe (dès 1870), la randonnée (dès la fin du XIXe s.) ou les sports éoliens (dès 1972).

Bibliographie
– A. Charpin et al., Le Grand Livre du Salève, 1988
– J.-C. Mayor, Légendes et visages du Salève, 1997
– A. Mélo, « Le district sidérurgique du Salève (Haute-Savoie, France)», in Minaria Helvetica, 21a, 2001, 65-69
– B. Lévy et al., Le tourisme à Genève, 2002
Auteur(e): Bertrand Lévy
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Le Salève - en allemand : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/d/D7149.php
Bergrücken in Hochsavoyen an der franz.-schweiz. Grenze, der sich hinter der Stadt Genf erhebt. Der Hausberg der Genfer ist 1379 m hoch und bietet einen beeindruckenden Rundblick über schweiz. und franz. Gebiet (Kt. Genf, Genfersee, Jura bzw. savoy. Vorderland, Araviskette und Mont-Blanc). Die Genfer Seite des S. ist steil und felsig, die savoyische sanft abfallend. Im 4. Jh. monte Seleuco, 1209 Mons Salevus.

In mehreren Höhlen und Unterständen, die als Freilandstation Veyrier bekannt sind, jedoch auf dem Gemeindegebiet von Etrembières liegen, wurden Knochen und Werkzeuge aus Silex der Magdalénienkultur gefunden. Die Eisengewinnung auf dem Salève begann vielleicht schon in der Eisenzeit; sie ist mit Sicherheit im 5.-6. und 12.-13 Jh. bezeugt. Bei einfachen Grabungen traten direkt unter der Oberfläche v.a. auf dem Bergrücken bei Les Treize Arbres, Grange-Gaby (1853 von Ernest Naville gekauft, ebenso wie Grange-Passet), Faverges, Les Crêts und Le Pommier Holzkohlestücke und Rückstände aus der Metallverarbeitung zutage. Aufgrund der Eisenproduktion sind aus ehem. Erzgruben kleinste Sümpfe entstanden und die betroffenen Gebiete wurden entwaldet. Seit 1830 werden Steinbrüche ausgebeutet, wobei das Material bis zur Mitte des Abhangs abgetragen wurde. Das franz. Umweltministerium plant nun, diesen Abbau einzuschränken. Ausserdem wurden Massnahmen zum Schutz der Alpweiden ergriffen.

Vom 18. Jh. an wurde der Salève von zahlreichen Genfer Naturforschern erforscht und studiert, etwa 1779 von Horace Bénédict de Saussure. 1815 gründeten Henri-Albert Gosse und andere Gelehrte in Mornex, im Osten des Kleinen Salève, die Schweiz. Naturforschende Gesellschaft. Von 1892 bis 1937 verband eine Zahnradbahn Veyrier mit den Treize Arbres (1067 m), sie führte über Etrembières, Mornex und Monnetier (alle in Hochsavoyen). 1932 wurde sie durch eine Seilbahn ersetzt, die 1975-83 nicht in Betrieb war; Maurice Braillard errichtete die Berg- und die Talstation. 1936 wurde die Strasse Monnetier-La Croisette erbaut. Obwohl der Salève ein Ausflugsberg war bzw. ist und Mornex ein bekannter Kurort war, fasste der Tourismus nie wirklich Fuss. 1933 verfügte Collonges-sous-Salève über fünfzehn Hotels mit 247 Zimmer. Die zahlreichen Grotten, Höhlen und unterird. Flüsse des Salève ziehen viele Höhlenforscher an. Bergsteiger, Kletterer (seit 1870), Wanderer (seit dem Ende des 19. Jh.) und Windsportler (seit 1972) suchen am Salève Erholung.

Literatur
– A. Charpin et al., Le Grand Livre du Salève, 1988
– J.-C. Mayour, Légendes et visages du Salève, 1997
– A. Mélo, «Le district sidérurgique du Salève (Haute-Savoie, France)», in Minaria Helvetica 21a, 2001, 65-69
– B. Lévy et al., Le tourisme à Genève, 2002
Autorin/Autor: Bertrand Lévy / PTO
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Le Salève - en italien : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/i/I7149.php
Montagna dell'Alta Savoia (F), situata alla frontiera franco-sviz., che si erge dietro la città di Ginevra; (IV sec.: monte Seleuco; 1209: Mons Salevus). Chiamata "la montagna dei Ginevrini", culmina a 1379 m e offre un panorama notevole sia sul versante sviz. (campagna ginevrina, lago di Ginevra, Giura) sia su quello franc. (area pedemontana savoiarda, catena degli Aravis e Monte Bianco). Il versante ginevrino presenta pendii rocciosi quasi verticali, mentre quello savoiardo digrada dolcemente.

Numerose grotte o giacimenti conosciuti come "stazione di Veyrier", in realtà sul territorio del com. di Entrembières, ai piedi del Salève, hanno restituito resti ossei e utensili (selci) del Magdaleniano. L'estrazione del ferro sul Salève, forse già avviata nell'età del Ferro, è attestata con certezza nel V-VI e nel XII-XII sec. In occasioni di semplici scavi, appena sotto la superficie del suolo, vennero rinveuti frammenti di carbone di legna e residui della lavorazione del metallo in particolare sulla sommità del monte in località Les Treize Arbres, Grange-Gaby (acquistata nel 1853 da Ernest Naville insieme a Grange-Passet), Faverges, Les Crêts e Le Pommier. L'attività siderurgica è all'origine dei minuscoli stagni (antiche buche per l'estrazione di minerali) e probabilmente anche della deforestazione dei luoghi toccati. Lo sfruttamento delle cave, iniziato nel 1830, ha intagliato la montagna fino a metà pendio; il Ministero franc. dell'ambiente ha in progetto una limitazione di tale attività. Sono inoltre state adottate misure politiche per la conservazione degli alpeggi.

Dal XVIII sec. il Salève venne esplorato e studiato da numerosi naturalisti ginevrini, tra cui Horace Bénédict de Saussure (1779). Nel 1815 Henri-Albert Gosse e altri eruditi fondarono la Soc. elvetica di scienze naturali a Mornex, a est del Petit-Salève. Dal 1892 al 1937 una ferrovia a cremagliera collegò Veyrier ai Treize Arbres (1067 m di altitudine) girando attorno al Salève e passando per Etrembières, Mornex e Monnetier (tutte località dell'Alta Savoia). Quest'ultima venne sostituita nel 1932 da una funivia (esercizio sospeso dal 1975 al 1983), le cui due stazioni furono realizzate da Maurice Braillard. La strada Monnettier-La Croisette fu costruita nel 1936. Diversamente dall'escursionismo, il turismo non si è mai veramente sviluppato sul Salève, anche se Mornex fu un rinomato luogo di cura. Nel 1933 Collonges-sous-Salève contava 15 alberghi e 247 camere. L'abbondanza di grotte, voragini e fiumi sotterranei fanno del Salève un territorio propizio alla speleologia. Vi si praticano inoltre numerosi sport, come l'alpinismo, l'arrampicata (dal 1870), l'escursionismo (dalla fine del XIX sec.) o gli sport dell'aria (dal 1972).

Bibliografia
– AA.VV., Le Grand Livre du Salève, 1988
– J.-C. Mayor, Légendes et visages du Salève, 1997
– A. Mélo, «Le district sidérurgique du Salève (Haute-Savoie, France)», in Minaria Helvetica, 21a, 2001, 65-69
– AA.VV., Le tourisme à Genève, 2002
Autrice/Autore: Betrand Lévy / luc
Un peu d'histoire "lémanique"

Tour à tour entièrement romaines, puis successivement soumises aux Burgondes (443), puis aux Mérovingiens (546-741), aux Carolingiens (751-888), aux royaumes de Provence et de Bourgogne (888-1032), puis savoyardes au Moyen Age, les deux rives du Léman ont constitué pendant des siècles une même entité. Cette unité lémanique se brise à l'avènement des Temps modernes. Le passage de Genève au protestantisme en 1536, puis l'intervention bernoise au secours des huguenots déchirent l'entité lémanique et créent des disjonctions qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours. En 1559, le duc de Savoie, Emmanuel-Philibert, le grand homme de guerre au service de Charles Quint, recouvre ses domaines. Les terres occupées par Berne lui sont restituées en 1567, à l'exception du pays de Vaud. Charles-Emmanuel 1er; nouveau duc, allié à l'Espagne, tente de conquérir la rebelle cité de Calvin. La guerre ravage les parages de Genève et le bas Chablais, en 1589 et 1590. Ces luttes se terminent après l'intervention du roi de France, Henri IV, au secours des protestants, par le traité de Lyon en 1601. Le duc cède à la France, la Bresse, le Bugey, le Valromey, et le pays de Gex. Au lendemain de la tentative manquée de "l'Escalade" contre la " Rome protestante ", le traité de Saint-Julien, en 1603, reconnaît l'indépendance de la République réformée. Le Léman est désormais divisé en son milieu par une frontière qui, en dépit de la persistance des genres de vie semblables sur les deux rives, est devenue une ligne séparante pour les institutions, les religions et les mentalités. L'invasion de la Savoie par les " sans-culottes " de la révolution française en 1792, replace, pour moins de deux décennies, le lac dans l'orbite de la France. De 1798 à 1814, l'ex-République de Genève, le Chablais, le Faucigny, le pays de Gex, forment le département du Léman, dont Genève est la préfecture. Après Waterloo, la Restauration de 1815 dessine, au congrès de Vienne, les traits de la configuration politique actuelle, parachevée par le traité de Turin de 1816 entre Genève et la Sardaigne. La Savoie est rendue à son ancienne dynastie et redevient duché du royaume de Sardaigne. La République de Genève forme un canton de la Confédération. Des zones douanières franches sont instituées pour donner au canton un arrière-pays économique en Savoie et dans le Pays de Gex. Une autre petite zone sera créée en 1829 autour de Saint-Gingolph. La Savoie nord est assujettie à une neutralisation, comme si elle eût fait partie de la Suisse, et à un droit d'occupation par les milices fédérales. En 1860, lorsque le statut de la Savoie est remis en question et que sa cession à la France est prévue en contrepartie du concours de Napoléon III à l'unification de l'Italie, un courant pro-helvétique se manifeste pour la réunion des provinces septentrionales à la Suisse. Cette menace de démembrement est conjurée par l'octroi de la grande zone franche, couvrant les deux tiers du département de la Haute-Savoie. Au lendemain de la première guerre mondiale, le traité de Versailles abolit les clauses de neutralisation et d'occupation militaires. La France supprime les zones franches en 1923, mais au terme d'un long procès devant la cour de justice internationale de La Haye, elle est condamnée à rétablir, en 1934, " les petites zones " de 1815. Actuellement si les postes de contrôle ont été supprimés vers 1968, les résidents à l'intérieur de ces zones peuvent encore bénéficier des avantages qui s'y rattachent. Les voitures immatriculées TT1 Q pour l'Ain et TT1 W pour la Haute-Savoie, achetées sans frais de douane, sont l'exemple le plus visible de cette particularité. C'est désormais à l'intérieur de deux Etats nationaux que les pays du Léman vivent en paix.

Texte extrait de Nature et histoire du Léman de Paul Guichonnet, éditions Cabédita 1994, élaboré par le Comité départemental de la randonnée pédestre de la Haute-Savoie - Codérando 74.

Miettes d’histoire : Pourquoi le Salève n’est pas genevois
Le 15 avril 1798, sous le Consulat de Bonaparte, Genève, par les actives manœuvres du résident de France, Félix Desportes, devint le chef-lieu du département français du Léman. Mais sous l’Empire, des citoyens préparaient le retour à l’indépendance.

Le 30 décembre 1813, Genève était libérée de la tutelle étrangère et voyait arriver les premières troupes des Alliés, des Autrichiens. Ne voulant toutefois pas être considérée comme un territoire conquis et pour parler en Etat libre avec les vainqueurs de Napoléon, elle restaura son indépendance le 1er janvier 1814.

Les puissances alliées tenaient d’ailleurs à ce que Genève devînt canton suisse et, dès le 20 mai, les députés de notre ville avaient officiellement assuré la Diète que la République désirait faire partie de la Confédération. Le gouvernement provisoire avait donc demandé d’anticiper sur les événements et d’envoyer une garnison fédérale comme premier gage de l’union future. Le 1er juin 1814, au Port Noir, au milieu de la joie générale, des contingents suisses débarquèrent. C’était alors aux négociateurs de jouer, la Confédération ne voulant pas d’un canton qui n’eût pas de frontières avec elle, formé qu’il était de terres enclavées dans la France et dans la Savoie, alors possession du royaume de Sardaigne.

L’indépendance de Genève avait été reconnue par les Alliés, mais il importait d’obtenir ce désenclavement : une question délicate qui allait attirer sur la petite république l’attention des diplomates du Congrès de Vienne. Elle y envoya le meilleur négociateur qu’elle eût, Charles Pictet de Rochemont, accompagné de d’Ivernois et de Eynard-Lullin. Il fallait que la France acceptât notamment de se séparer de Versoix, dont elle avait voulu faire, sous Louis XV, une rivale de Genève. Heureusement, l’Angleterre et la Russie aidèrent à réaliser cette session du côté du Jura. Quant aux terres à obtenir de la Sardaigne, les actes diplomatiques furent signés le 29 mars 1815. Aux termes de l’article 1 du protocole, le roi Victor-Emmanuel mettait à la disposition des puissances alliées, pour être réunies à Genève, « la partie de la Savoie qui se trouve entre la rivière d’Arve, le Rhône, les limites de la partie de la Savoie occupée par la France, et la montagne de Salève jusqu’à Veirier inclusivement, plus celle qui se trouve comprise entre la grande route dite du Simplon, le lac de Genève et le territoire actuel du canton de Genève… sauf à déterminer plus précisément la limite par des commissaires respectifs, surtout pour tout ce qui concerne la délimitation en dessus de Veirier et sur la montagne de Salève ». Ainsi se trouvaient réunies les conditions désirées pour l’admission de Genève dans la Confédération, ce qui fut fait le 19 mai.

Puis les discussions pour la fixation exacte de la frontière dans la région du Salève furent engagées. Le texte primitif proposé par la Sardaigne portait « et la montagne de Salève », d’Ivernois le modifie alors et écrivit « sur la montagne de Salève », espérant que cette supercherie ne serait pas remarquée. Mais il n’en fut rien. Cette minime substitution de mot pouvait procurer de grands avantages à Genève : si la crête du Salève était la frontière, la montagne devenait genevoise de même que la route passant à son pied. Mais Montiglio, le négociateur sarde « vit la fumée ». Il alla « parcourir toute la montagne de Salève depuis le point où le chemin d’Annecy à Genève entre sur le territoire cédé jusqu’à Viry ». Il forma ainsi son jugement : « il est certain que le mont de Salève n’est point à pic ainsi que le disent MM. les Genevois, c’est-à-dire qu’il ne l’est point jusqu’à sa base ; il ne l’est que pour la moitié, les deux tiers ou les trois quarts suivant les endroits. Lorsqu’il s’étend par un talus plus ou moins raide dans la plaine cédée, faudra-t-il abandonner toute cette pente sur laquelle il se trouve même des communes ou des portions de communes ? Je suis bien loin de le penser… Si je pouvais parvenir… à maintenir notre territoire jusqu’au pied et sur les saillies de la montagne du Salève (puisque la base appartient aussi à la montagne que le sommet) je crois que ces Messieurs rabattraient un peu de la joie immodérée qu’ils éprouvent de cette gratuite spoliation ».

Au cours de la Conférence, les Sardes n’avaient pas lâché une seule de leurs exigences. Ils soutenaient que « sur » ne signifiait ni « au-dessus » ni « sur la cime », mais plutôt « sur la première petite élévation où commencent les racines de la montagne ». « Sur la montagne », avaient finalement relevé les commissaires genevois, ne pouvait en aucun cas signifier « sous la montagne », ce à quoi Montiglio, aurait répliqué : « Je ne vais point jusqu’à avancer que votre thèse ne puisse se soutenir, mais je soutiens de mon côté que « sur la montagne » ne signifie pas expressément « au-dessus de la montagne » et quand je mets mon habit sur moi, je le mets sur mon corps et non sur ma tête ».

Finalement, le Traité de Turin, signé le 16 mars 1816, fixa avec un grand luxe de détails la frontière telle que nous la connaissons aujourd’hui. Voilà pourquoi nous n’eûmes pas droit à la moindre petite parcelle de ce Salève où tant de Genevois varappent, pique-niquent et passent leurs dimanches !

Journal « Construire » 1979 (Copyright) Jean Dupain

Etrembières et Veyrier : 2 "villages" au destin commun... Un article de Steve Blanc dans la page 12 du Le Messager- Genevois de jeudi 22 avril 2010 en vue de la manifestation "Veyrier Etrembières sans frontières" (30 avril au 14 mai 2010).

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Pour consulter la partie géologique, voir "Salève: Descriptif".

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