Le Salève - historique

Table des matières

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01   Toponymie.
01   La Naissance du Salève.
02   Le château de Monnetier.
03   Le château des Avenières.
03   La Chartereuse Notre Dame de Pomier.
03   1887.
04   Brève histoire du Chemin de Fer du Salève (1893-1935).
09   Le téléphérique du Salève (1932 à nos jours).
18   Passé simple : Entre terre et ciel on s'envole en téléphérique.
18   Ferdinand Lassalle.
28   Autre.
31   Bibliographie.
33   L'histoire d'une montagne en quelques épisodes d'après Monsieur Bernard Crettaz.
34   Un peu d'histoire "lémanique".

Toponymie

La première mention écrite du mont Salève apparaît au 4e siècle de notre ère: monte Seleuco (C.50). La première partie de ce nom dérive d’une racine pré-indoeuropéenne « sal » qui signifie « pente à éboulis » (éboulis = amas de matières). La deuxième partie - leuco - viendrait d’une langue parlée par les Celtes (= Gaulois), peuple d’origine indo-germanique qui peuple l’Europe environ 500 ans avant Jésus-Christ, signifiant « le mont brillant » . D’après une autre source (BJJ.13) Salebra = lieu d’accès difficile. La légende donne une explication plus facile à comprendre: Alors que Gargantua (personnage de légende, Rabelais, 16e siècle) creusait le Léman, il amassa les déblais à l’emplacement de la future montagne. Cette entreprise suscita la curiosité des habitants de la région. En regardant la nouvelle montagne, ils s’écrièrent: « Eh! mais regarde donc comme ça lève! », et ainsi le nom du Salève fut trouvé (DD).

La Naissance du Salève

La plaque africaine poussant vers le nord la plaque eurasienne provoquait l’émersion des Alpes puis celle des préalpes, du Salève et du Jura. La région de Genève passe de 30N (niveau d’Afrique du Nord) à 46N en 150 millions d’années à cause de la dérive des continents. Elle monte 2000 km vers le Nord. Début mouvement de plissement - 50 millions d’années. Le Salève monte et émerge de la mer à raison de 2mm / siècle en moyenne (1000 mètres en 50 millions ans). Aujourd’hui le Salève continue de monter à raison d’un millimètre par an, la moitié de cette élévation est usée par l’érosion. Il faudra donc 2000 ans pour gagner un mètre. Dès 600’000 avant J.C. il y avait une succession de périodes glaciaires et interglaciaires. La plus importante de ces périodes, la troisième (le Riss), vit les glaciers s’étendre jusqu’à Lyon. Ces glaciers ont déposé sur le Salève des blocs erratiques (granit et gneiss) transportés depuis le massif du Mont-Blanc. La 4me périodes glaciaire (le Würm) s’étalais de - 80’000 à - 10’000 avant J.C. A Veyrier la couche de glace atteint 700 m, seul quelques mètres du Salève émergent au dessus de la glace. Le vallon de Monnetier est creusé par le courant sous glacier dans une zone fissurée entre le petit et le grand Salève. Début de la fonte de la glace = -20’000. Tout le bassin lémanique (= la cuvette lémanique), des Préalpes au Jura, est couvert de glace. Nos régions sont complètement inhabitées. Les glaciers se retirent progressivement vers le nord. Vers -14’000 une maigre végétation herbacée commence à envahir le plateau. Les premiers animaux apparaissent, notamment la faune froide (renne, mammouth, etc.). Les premiers hommes quittèrent l’Afrique il y a un million d’années. En avancant vers le nord ils suit le recule des glaces. Ils arrivent à Genève il y a 10’000 ans. A ce moment les glaces ont disparues définitivement du bassin lémanique. Le lac Léman est sous sa forme actuelle c.-à-d. une étendue d’eau unique dont le niveau est de 10m plus élevé qu’actuellement. Par manque de support latéral du glacier la paroi du Salève s’effondre en un gigantesque éboulement. Le mammouth abandonne le bassin genevois pour se retirer sur les hauteurs du Jura. Les hommes, venus du sud, chasse la renne dont les troupeaux parcourent la forêt naissante. Le climat se rechauffant, la renne monte vers le nord. Elle est remplacée par le cerf, hyène, panthère, rhinocéros, chevreuil, élan, bouquetin, chamois, lagopède, lièvre, cheval sauvage, marmotte, aurochs (boeuf sauvage aujourd’hui éteinte), ours brun, loup, renard, etc. Âge de la pierre (-10’000 à -1700), bronze (-1700 à -800), fer (-800 à 0). Une cinquantaine de grottes percent le Salève (la plus longue, la Bachai-di-Faye - le refuge des Fées - fait 1 km). Les plus connus sont la grotte d’Archamps, Le Seillon, L’Ours, Le Sablon, Les Noctambules (voir « Le Salève souterrain » de J-J Pittard). Certaines furent habitées par les hommes qui y ont trouvé refuge, cherchant la sécurité à l’abri des orages, des autres hommes et des bêtes sauvages. D’autres hommes vivaient dans des cabanes construits en rondins. Les hommes exploitèrent le fer du Salève entre le 5e et le 6e siècle après J.C. et entre le 12e et le 13e siècle après J.C. . Il se peut, mais nous n’avons pas des preuves, que l’exploitation du fer a commencé déjà au 5e siècle avant J.C. . Vers 100 av. J. C. le peuple gaulois est vaincu par les romains (César arrive à Genève vers 60 av. J.C.) . Les grès ont été exploités au sommet du Salève pour la verrerie.

Panorama de la région lémanique qui était couvert par les glaces.

Le château de Monnetier

Photo

Le château de Monnetier (= de l’Ermitage = Hermitage) a été construit au 13me siècle. Une devise était gravée dans la pierre : « Nasci, Pati, Mori » (Naître, souffrir, mourir). Le château fut pris et brûlé par les Genevois à la fin du 16me siècle quelques années avant l’escalade de décembre 1602. Les ruines restèrent en l’état pendant 3 siècles. En 1885 le château est reconstruit et devient une pension. En 1926 Joseph Dupraz achète le château dans une vente aux enchères. 2 ans plut tard il décède. Son beau-fils, un ancien champion de boxe chilien, Charles Porta, prend la direction de l’établissement. 9 ans plus tard il meurt à l’âge de 40 ans, laissant derrière lui sa femme Francine et leur fille Josette, âgée de 7 ans. Nous sommes en 1937. En 1981 Francine meurt à son tour à l’âge de 86 ans. Josette fait survivre l’établissement jusqu’en 1989. Le château abrita donc une pension pendant 100 ans. Suite à l’échec d’une vente à un émir koweïtien à cause du refus de la municipalité de fermer le domaine, pourtant privé, au public, le château est vendu, début 1999 pour 4-6 millions ff à Panorama 2000 qui, après avoir effectué des travaux, a essayé, par l’intermédiaire d’une société immobilière, Immo3 concept, de vendre le château en 9 appartements de luxe ou en entier (voir la TdG du 7.3.2000 p.54), prix demandé: 250’000 frs suisses par appartement ou 2 millions pour l’ensemble (1200 m2 de planchers dans un parc boisé de 35’000 m2). Josette s’établit à Cranves Sales près d’Annemasse.
 
Le château des Avenières

Mary Wallace Schillito est née en 1876, à Cincinnati, Ohio. Son père, puissant homme d’affaires, a fait fortune dans les chemins de fer. Dès son enfance, Mary nourrit une vive admiration pour sa soeur cadette Violette. Adolescentes, les deux soeurs plongent avec délices dans un Paris en proie à l’orientalisme. Violette décède d’une fièvre typhoïde à Cannes en 1901. Mary, inconsolable parcourt le monde. Un bel après-midi de l’été 1904 Mary visite en compagnie de quelques amies de modestes clairières vouées à la culture de l’avoine sur les flancs du Salève. Elle est saisie par l’exceptionnelle beauté du panorama. Instantanément, sa décision est prise: elle fera bâtir là le sanctuaire qu’elle rêve de dédier à sa soeur cadette trop tôt décédée... Elle achète le terrain, vendu par les chartreux de Pomier, et en 1907 les travaux sont lancés. En 1913 elle épouse, à 37 ans, Assan Farid Dina, 42 ans, un petit homme rond au regard vif et aux traits asiatiques. Né de père hindou et de mère française, astronome émérite, Assan se consacre désormais à l’aménagement du château. A l’intérieur de l’édifice il construit, entre autres, une mystérieuse chapelle contenant une vaste mosaïque montrant des symboles ésotériques qui représentent le savoir universel des religions. La construction du château est terminée en 1917, après 10 ans de travaux. Dix ans plus tard, en 1928, Assan meurt lors d’une croisière en Mer Rouge. Mary Dina fonde la librairie Véga (une étoile de la constellation de la Lyre, la plus brillante du ciel boréal, éloignée de 27 années lumières de la terre). Le directeur de sa collection, René Guénon, écrivain, s’installe à ses cotés aux Avenières. Elle a 52 ans, lui 42. En 1930 le couple part en Égypte. Mary rentre seule... Elle tombe amoureuse d’Ernest Britt qu’elle épouse. Mary vend le château en 1936.  Elle est alors âgée de 60 ans.

Le château des Avenières est aujourd’hui un charmant hotel-restaurant.

Tél: F 04 50 44 02 23 - http://www.chateau-des-avenieres.com  .

La Chartereuse Notre Dame de Pomier

Fondée en 1170. Lieu de prière et de méditation pendant 600 ans. En 1793, lors de la révolution française, la chartereuse est pillée et abandonnée pendant 100 ans. A 1894, achetée par le propriétaire actuel, elle est transformée en hôtel-restaurant. En 2001 elle devient un lieu de réunions. Tél: F 04 50 04 50 53 - http://www.chartreuse-de-pomier.fr  .

1887

Voici un extrait d'un journal local : "L'Industriel Savoisien" du 13 août 1887 (tiré de l'article "Le Salève, un espace sous influences" par Jean-Claude Vernex, "Archives des Sciences" publiées par la faculté de Sciences de l'Université de Genève en 1988). "De mémoire d'homme, nous assure-t-on, on n'avait vu sur le Salève foule pareille à celle qui s'y est abattue dimanche. La population genevoise, fatiguée des chaleurs de la plaine et un peu aussi des fêtes du Tir Fédéral, semblait s'être donné le mot pour aller sur ces hauteurs aimées respirer un air frais et pur. Le Genève-Veyrier, malgré des trains spéciaux doublés et triplés, n'a pu suffire à toutes les demandes ; plusieurs centaines de passagers ont dû se résoudre à faire la route à pied, et cependant cette ligne a transporté 2700 voyageurs".

Brève histoire du Chemin de Fer du Salève (1893-1935) (LG)

Premier chemin de fer à crémaillère électrique du monde. Surnommé “ Funiculaire du Salève ” malgré l’absence de câble de traction. Crémaillère Abt (un des quatre types des crémaillères les plus répandues dont l’inventaire était Roman Abt de Lucerne (1850-1933)). Une crémaillère est un rail denté au milieu des rails de roulement (écartement 1 m) et troisième rail électrifié (600 à 750 volts) le long de la voie (c.-à-d. pas d’une ligne aérienne). L’exclusion absolue de tout passage à niveau, imposée par la présence du rail conducteur électrique latéral à 20 centimètres au-dessus du sol, a nécessité des travaux importants pour la déviation des routes et chemins, ainsi que la construction d’un nombre considérable d’ouvrages d’art (24 ponts), servant de passages inférieurs ou supérieurs au chemin de fer. Ne pouvant prélever son énergie électrique sur le réseau public, alors inexistant, la Société Anonyme des Chemins de Fer du Salève (SACFS) fit construire un barrage sur l’Arve, à Arthaz, où une digue de 60 mètres de longueur permit d’obtenir une chute d’eau de 3 mètres, alimentant 2 turbines. Une ligne aérienne de 1700 mètres reliait l’usine à la gare centrale de Monnetier-Mairie. D’autre part un tunnel long de 110 mètres fut construit sur la ligne Veyrier - Monnetier-Mairie. Danger d’électrocution : trois décès en 40 ans de fonctionnement sans compter les ânes, vaches, chèvres et chiens électrocutés. Douze automotrices de 10 tonnes à vide pour 40 places (32 places assises et 8 places debout) : longueur : 8,5 m, largeur : 2,1 m, hauteur : 3 m. Deux moteurs de 40 CV. Première ligne de 6 km ouverte en 1893 : Etrembières - Mornex - Monnetier-Mairie - Treize-Arbres. Seconde ligne de 3 km ouverte en 1894 : Veyrier - Monnetier-Mairie. Les trains (composés d’automotrices indépendantes) venus d’Etrembières et de Veyrier se rejoignaient à Monnetier-Mairie (650 mètres d’altitude) ; partis à la même heure d’en bas, ils ne formaient plus qu’un seul convoi jusqu’au terminus des Treize-Arbres à 1140 m d’altitude. Treize-Arbres avec Treize pour Très = trois en patois car 3 ormes disparus au début du XXème siècle. L’Hôtel-Buffet-Restaurant de la gare de Treize-Arbres était construit par la SACFS en 1893. A 22 heures le courant électrique fourni par l’usine d’Arthaz était coupé. Les employés de l’usine faisaient un signal pour avertir le personnel de l’hôtel de préparer les lampes à pétrole : une coupure brève, puis ils rallumaient un bref instant avant de recouper le courant jusqu’à 8 heures du matin. Vitesse maximale du petit train : 10 km/h, trajet aller : 1 heure. Coût aller-retour pour l’été 1914 : 1ère classe : 10 ff., 2ème classe : 7 ff. En 1932 l’ouverture du téléphérique, la construction des routes et le développement de la voiture individuelle entraînent la mort du train. Pour en savoir plus sur le Chemin de Fer du Salève, deux sites internet : http://perso.wanadoo.fr/geillon/trains/saleve  , le seul site consacré au Chemin de Fer du Salève : nombreuses photos et dessins, bruit de train à crémaillère système Abt et   http://www.la-salevienne.org   le site de la Salévienne, une Société d’histoire locale (180 membres), éditrice du seul livre entièrement consacré au Chemin de Fer du Salève (LG).

Voici 5 images du Chemin de Fer du Salève.


Une automotrice dans la neige en aval du tunnel du Pas de l'Echelle, dessin de Marc Tournnebize extrait de LEPERE Gérard, "Le chemin de fer à crémaillère du Salève" , Echos Salèviens n°4, La Salévienne, 1994.

Une automotrice en amont du tunnel du Pas de l'Echelle (côté nord). © Mairie de Veyrier

Affiches anciennes. © Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève (BPU) :




Voir extrait du registre des arrêtés du Maire de Monnetier-Mornex du 29 Avril 1996 concernant l'ancien tunnel du Pas de l'Echelle, FOLIO 150, Sous préfécture St-Julien-en-Genevois

Le téléphérique du Salève (1932 à nos jours)

La gare de départ se situe sur le territoire de la commune d’Etrembières, la gare d’arrivée sur celle de Monnetier-Mornex. Dénivellation de 666 m, 1200 mètres de câble. Actuellement 60 personnes sont transportées en 3 minutes (au début 30 personnes en 6 minutes). La période glorieuse, entre 1932 et 1939 a vu jusqu’à 2500 personnes montées dans un dimanche (une attente d’une heure). Le seuil de rentabilité a passé de 30’000 personnes en 1939 à 200’000 personnes aujourd’hui. Entre 1984 et 1993 il y avait une perte d’un tiers des passagers (MB). En 2007 il y avait 107’000 passages (= trajets = aller ou retour). La société française Veolia Environnement (http://www.veolia.fr) a repris l'exploitation du téléphérique du Salève depuis début 2008. Veolia est une compagnie privée française existante depuis 150 ans. Elle est leader mondial des services à l'environnement. Présent sur les cinq continents (France 44%, Europe hors France 36%, Amérique du Nord 8%, Asie-Pacifique 7%, Reste du monde 5%) avec 270'000 salariés et un chiffre d'affaires de 30 milliards d'euros. Elle englobe quatre activités : la gestion de l'eau (34%), des déchets (28%), de l'énergie (21%) et des transports de voyageurs (17%). Veolia percevra des allocations de 300'000 francs par année du GLCT (Groupement Local de Coopération Tansfrontalière, créé en mars 2006 pour élaborer des stratégies de sauvetage suite au déficit des installations du Salève) jusqu'en 2012. Une somme répartie à hauteur de 50% pour l'Etat de Genève et 50% pour les communes françaises limitrophes. Pour combler le trou et équilibrer le budget la solution est le renforcement de l’attractivité du Salève en créant, entre autres, un Signal de Bougy sur le Salève, ou un zoo, ou les deux.

http://www.telepheriquedusaleve.com
http://www.remontees-mecaniques.net/forums/lofiversion/index.php/t1616.html

Voici 7 images du téléphérique du Salève.




Le téléphérique vue du sentier des bûcherons, Ch. Brand - Neydens (Hte Savoie), 1935

Affiche ancienne. © Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève (BPU) :

Passé simple

Entre terre et ciel on s'envole en téléphérique

Le téléphérique du Salève est le thème des journées européennes du patrimoine 2004. Pour la première fois, le mercredi 24 août 1932, il escalade la sentinelle des Alpes pour offrir au visiteur un merveilleux paysage propre au vagabondage.

" Que j'aime mon Salève et sa cime rocheuse " écrivait Georges Favon. Recommandée à la fois pour son bon air et ses cures de santé, la montagne qui domine le Genevois, en plus d'attirer promeneurs et admirateurs, inspira poètes et prosateurs. Guidant aussi de nombreux chercheurs. On a pu suivre les ânes trottinant, emprunter le chemin de fer ou prendre le téléphérique.
Nous sommes en 1932, au coeur de l'été. Quand on regarde le Salève d'en bas, il a l'air sévère. C'est bien mal connaître le compère, complaisant, accueillant et charmant qui offre à qui sait bien le prendre, tous les plaisirs et les joies bucoliques alpestres. Chéri de la jeunesse de la plaine, il est le soleil, le temps des jeux et des bons moments. A deux pas des citadines, Annemasse et Genève dans la brume.

Un audacieux promoteur

En 1932, le Suisse Auguste Piccard s'élève en ballon à 1650 m d'altitude. La cote des exploits s'envole. Un planeur vient de traverser la Manche et un hydravion géant l'Atlantique. Maryse Bastié franchit les 37 km/h en avion. Le Graf Zeppelin rallie l'Amérique du Sud. Plus terre à terre, les voitures se font plus rapides. Au pied du Salève, Auguste Fournier que soutiennent 300 actionnaires s'est entouré d'ingénieurs et d'architectes d'avant garde pour lancer à l'assaut de la citadelle rocheuse un téléphérique. Une gare au Pas de l'Échelle voisine celle où ont rendez-vous le tram de Veyrier et le funiculaire.. A 1'100 mètres, l'autre station est une construction remarquable d'audace, oeuvre de l'architecte Maurice Braillard et aussi de F. Decrock, de G. Riondel. Un dénivelé de 660 m sépare les deux gares. Des câbles tendus supportent deux cabines en bois rouges et jaunes de 30 places chacune. Les trois câbles sont en même temps porteurs et tracteurs selon un système mis au point par l'ingénieur André Rebuffel. L'avantage, placer indifféremment la station motrice en haut ou en bas.

Le bonheur est dans le pré

Ce samedi 27 août 1932, c'est l'inauguration officielle en présence notamment de l'ancien député Etienne Antonelli, conseiller général et du maire d'Annemasse Claudius Montessuit pour couper le ruban. Il fait une chaleur étouffante dans la plaine. L'horaire est respecté avec précision. Après les discours les officiels embarquent. Huit minutes plus tard ils sont sur le " béquet " en béton de la station supérieure. A l'air libre pour humer un peu de fraîcheur des cimes. Tout de suite, c'est l'engouement du public. Pas seulement des estivants. C'est un rendez-vous dominical. En " chaussinettes " dans les spartiates, cheveux au vent, sourire aux lèvres, un pique-nique dans le panier. On a des rêves d'évasion plein la tête et une boîte à souvenirs en noir et blanc en bandoulière. Il n'est pas rare de faire la queue une heure durant avant d'accéder aux cabines. Certains jours, il y a jusqu'à 2500 candidats au voyage qui attendent cet instant de vertige silencieux vécu à quatre mètres seconde. S'il " margagne " en bas, là-haut un frais " bisolet " a vite fait de chasser les " nioles ". On complète le menu d'une tomme " séronnée " achetée au " bouèbe emmontagné " au printemps avec son troupeau. Le tout arrosé déjà d'une " topette " de frais bourru. Les jeunes années courent dans la montagne par les sentiers pleins d'oiseaux et de fleurs. Mais déjà le ciel s'assombrit, des nuages s'amoncellent. Pour tromper l'inquiétude, le sport a la faveur à la TSF (le tennis, la boxe, le tour de France, les jeux olympiques de Los Angeles) entre deux romances de Tino Rossi ou deux amours de Joséphine Baker. Comme le rail et le câble qui auraient pu s'entendre pour vivre ensemble des jours heureux. En effet, Auguste Fournier rêvait d'un " billet circulaire ", chemin de fer et téléphérique qui aurait permis au voyageur de monter à sa guise par un des deux moyens de transport et descendre par l'autre selon son envie. Une cohabitation harmonieuse, à deux, pour la conquête d'une montagne adorée.

Gilbert TARONI

Ferdinand Lassalle

Le début et la fin

Au Bois Carré, près du stand de tir de Veyrier, le 28 août 1864, Ferdinand Lassalle, président du premier grand parti socialiste d’Europe - l’Association générale allemande des ouvriers (Allgemeiner deutscher Arbeiterverein - ADAV) - fut blessé à mort. Il était juif, allemand, d’une famille aisée, portant un nom français, né à Breslau ( = Wroclaw) sur l’Oder, en Prusse orientale (aujourd’hui la Pologne), redoutable escrimeur. A quinze ans, fougueux adolescent, le jeune Lassalle avait de grands projets pour un monde plus juste. Il écrivit dans son journal : « Je voudrais m’élancer dans le monde et conquérir le bonheur... Je veux annoncer la liberté aux peuples, dussé-je en mourir. » ou encore « Quand on voit quelle immense geôle est l’Allemagne, comme les droits de l’homme y sont piétinés, comme treize tyrans y torturent des millions d’hommes, le coeur ne peut que se répandre en larmes sur la sottise de ces gens qui ne brisent pas leurs chaînes, alors qu’ils le pourraient si seulement ils en avaient la volonté. »

La comtesse de Hatzfeld

A l’âge de vingt ans, jeune avocat, il se rend à Paris pour quelques semaines. A cette occasion il francise son nom (Lassal devient Lassalle). A son retour à Berlin, en janvier 1846, il fit la connaissance de la comtesse de Hatzfeld, de vingt ans son aînée. Elle était abandonnée et dépouillée par son mari, qui était son cousin, immensément riche, qu’elle était forcée d’épouser vingt-quatre ans auparavant à l’âge de seize ans. Ils ont deux fils et une fille. Elle demande le divorce et engage Lassalle pour la défendre. En 1854, après neuf ans de combats juridiques, la comtesse obtint gain de cause et récupéra sa liberté et ses biens (300 000 thalers, l’équivalent de quinze millions des francs d’aujourd’hui). En reconnaissance elle fit accorder une rente viagère de 4000 thalers (l’équivalent de 200’000 des francs d’aujourd’hui) à son avocat et ami (en comparaison, 96% de la population de la Prusse d’alors avaient un revenu annuel de moins de 400 thalers). En novembre 1857 Lassalle publie son premier ouvrage important qui a un grand succès littéraire. Il s’installe à Berlin dans un appartement de luxe, servi par un domestique et est reçu dans la Société berlinoise des philosophes.

Sophie de Solutzew

En 1860, à l’âge de trente-cinq ans, souffrant de tuberculose du larynx, il faisait un séjour de santé aux Eaux d’Aix-la-Chapelle. Il y rencontre une jeune Russe, âgée de dix-neuf ans, Sophie de Solutzew (ou Sontseff), qui, accompagnée de son père, y séjourne également. Elle parle mal l’allemand, il ne parle pas le russe. Ils communiquent en français. Lors d’un voyage à Cologne qu’ils firent « en famille » (elle avec son père, lui avec la comtesse de Hatzfeld qu’il présente comme sa tante ou sa mère adoptive), il la demande en mariage. Elle quitte la station en lui promettant d’y réfléchir. Pour étayer sa demande il lui envoie une lettre manuscrite (en français) de quarante pages. Dans cette lettre Lassalle expose à la jeune fille le pour et le contre d’un mariage avec lui. Il se décrit comme un « tombeur de femmes ». Il se dit traiter la gent féminine avec respect (il n’a eu que deux fois une affaire physique avec de jeunes femmes célibataires, sinon toujours avec des femmes mariées). Il lui révèle ses revenus ainsi que la façon dont il les a obtenus. Il la met en garde qu’en l’épousant elle n’aura jamais la sécurité car il est engagé dans la lutte contre le pouvoir pour la cause du peuple et que sa vie sera toujours menacée. « En m’épousant », lui écrit-il, « vous construiriez votre maison sur un volcan ». « D’autre part je suis juif ». Après une deuxième rencontre à Berlin elle lui écrit : « J’ai tardé longtemps à vous donner cette réponse décisive parce que je voulais bien sonder mon coeur et parce que je voulais être sûre que mon affection pour vous ne tient que de l’admiration et de l’estime les plus sincères et les plus exaltés que vous ne pouvez pas inspirer à tous ceux qui vous connaissent. Je vous assure, Lassalle, que si je pouvais n’être guidée que par ma raison, je n’aurais pas hésité un seul instant à vous épouser, mais que puis-je faire de ce coeur indomptable et qui est pourtant le maître de ma vie et de toutes mes actions ?... » .

Hélène von Dönniges - la rencontre

Trois ans plus tard, au début de 1863, en pleine action politique (Lassalle est approché par les ouvriers de Leipzig pour devenir leur chef), quelques mois avant la fondation de l’ADAV [un parti structuré qui a pour but de rassembler les travailleurs pour conquérir le pouvoir politique. Est travailleur quiconque n’a d’autres ressources qu’un salaire en argent dépendant de son temps de travail. Est bourgeois quiconque tire son revenu de l’appropriation des produits du travail (que ce soit sous la forme de profits, intérêts ou de rentes)], à l’âge de trente-huit ans, Lassalle rencontre à Berlin, chez une connaissance commune, Hélène von Dönniges. C’est le coup de foudre. Âgée de vingt ans, fille du chargé d’affaires teutonnes (bavaroises) en Suisse, belle, des cheveux dorés, capricieuse, de mère juive, Hélène était fiancée à un étudiant de son âge d’une famille roumaine noble : Yanko de Racowitz. Le lendemain de la rencontre elle dit à Yanko : « Hier, j’ai rencontré un homme que je suivrais jusqu’au bout du monde, s’il me voulait à lui ». La famille d’Hélène s’oppose farouchement à cette liaison. Les hommes de la famille pensent que leurs carrières d’aristocrates seront interrompues par la venue d’un révolutionnaire au sein de leur famille. Sa grand-mère, chez laquelle elle habite, lui interdit tout contact avec Lassalle. Malgré cela il y a eu encore deux rencontres, dont une soirée avec Yanko, puis Hélène rentre à Genève. Son père abhorre Lassalle, « cet abominable personnage qui veut que les riches partagent avec les pauvres » . Auparavant Lassalle est condamné à douze mois de prison pour incitation politique à la haine et au mépris des institutions de l’État selon les articles 100 et 101 du Code pénal de la Prusse. Il fait appel et en juin 1864, à Düsseldorf, la cour d’appel réduit la peine à six mois de prison. Cette sentence n’est pas exécutée de suite mais le sera avant la fin de 1864. A la mi-juillet, après une année difficile à la présidence de l’ADAV, Lassalle, fatigué, ayant de graves problèmes de santé, épuisé et découragé, va se reposer à Lucerne, dans les montagnes suisses, à Righi-Kaltbad, au-dessus du lac des Quatre-Cantons. Le vingt-cinq juillet 1864 il a une visite surprise : Hélène. Accompagnée d’une amie, elle se trouvait en cure dans l’Oberland bernois, près de Berne, suite à des problèmes de santé. Elle apprit par indiscrétion l’endroit de la retraite de Lassalle et se rendit à Lucerne avec son amie ; (en ce temps on voyageait en chemin de fer, en bateau ou en voiture à cheval). On passa la journée ensemble. Lassalle propose de fuir en France, en Italie ou en Égypte pour se marier. Hélène, plus hésitante refuse (Elle avait l’habitude de dominer les hommes qui l’entouraient et Lassalle avait un fort caractère lui inspirant crainte de disputes à l’avenir). Elle va réfléchir. Le lendemain, en arrivant à Wabern, elle écrit à Lassalle pour lui signifier son accord. Elle pose pourtant deux conditions: essayer de convaincre au préalable ses parents du bien-fondé de ce mariage et faire vite car elle n’a pas beaucoup de force pour lutter contre sa famille. Hélène est fortement tourmentée par sa décision car elle va blesser son fiancé Yanko et combattre ses parents. Deux jours après, Lassalle part pour Berne. Ils passent quatre jours ensemble.

Lassalle, Hélène et sa famille à Genève

Le trois août ils se rendirent à Genève séparément. Il était entendu que Hélène, arrivant à 14h, ne préviendrait pas ses parents de la décision de se marier avec Lassalle. Mais ayant appris qu’en son absence sa jeune soeur s’est fiancée à un comte elle l’a fait. Les parents refusent catégoriquement ce mariage. Le père, hors de lui, enferme Hélène dans sa chambre. La servante lui ouvre la porte. Hélène court à la pension Bovet, à la rue du Mont-Blanc, l’hôtel où Lassalle est descendu en soirée. Lassalle est furieux contre Hélène qui n’a pas agi comme prévu. Hélène est vexée par l’attitude de Lassalle. C’est elle maintenant qui propose la fuite immédiate pour la France. Lassalle refuse. La servante arrive en courant : « Le père arrive avec la police, il faut prendre le premier train dans quinze minutes, j’ai commandé un fiacre qui nous attend dehors ». Lassalle demande à la servante de rentrer à la maison et de prévenir Madame Dönniges. Ils prennent le fiacre pour amener Hélène chez une amie de la famille Dönniges. Madame Dönniges et sa fille arrivent aussitôt. Madame Dönniges exige de récupérer sa fille. Hélène noue ses bras autour du cou de Lassalle. Lassalle, comme un grand seigneur, dénoue ce tendre collier, et ordonne à Hélène de partir avec sa mère. Tard dans la soirée il reçoit la visite du cousin d’Hélène accompagné du futur mari de sa soeur. Ils somment Lassalle de renoncer à Hélène et de quitter Genève faute de quoi il en sera expulsé. Lassalle regrette amèrement de ne pas avoir fui à l’étranger avec Hélène. Les deux personnes reviennent le lendemain et lui remettent une déclaration d’Hélène lui faisant savoir qu’elle a changé d’avis et qu’elle ne veut plus de lui. Lassalle, pensant que cette lettre était écrite sous la contrainte, engage des espions pour surveiller la maison où Hélène est séquestrée. Le père réclame la protection des autorités.

Doutes et rupture

Lassalle commence à douter de la force d’Hélène de pouvoir résister encore longtemps à la pression de sa famille et s’adresse à un avocat pour la « libérer » ( à vingt-et-un ans elle est majeure aussi bien à Genève qu’en Bavière et en Prusse). Il remue ciel et terre en sollicitant l’aide de plusieurs personnes importantes pour convaincre les parents d’Hélène de céder. Il écrit à Hélène : « ... Nulle puissance humaine ne peut t’arracher à moi, si tu restes ferme et fidèle. Je souffre mille morts à chaque instant. Et pourtant cela est impossible. Tu ne peux pas trahir un homme tel que moi, un homme qui t’aime si éperdument. Je souffre mille fois plus que Prométhée sur son rocher. Mais si tu commettais parjure à de si nombreux serments et à un tel amour, la nature humaine en serait déshonorée. Il faudrait douter de toute vérité, de toute fidélité. Tout serait mensonge en ce monde. » (Il a écrit plusieurs lettres à Hélène mais aucune n’est arrivée jusqu’à elle) . A un copain il écrit : « Je ne suis plus Lassalle, à peine suis-je l’ombre de moi-même. O damnation ! Je me sens perdu. Je hurle après Hélène comme une lionne à qui on a enlevé son petit. » . Cet acharnement de Lassalle s’explique par le fait qu’il pensait qu’Hélène tenait toujours à lui dans son for intérieur. Hélène, de son côté, déçue par le comportement de Lassalle à l’hôtel (il l’accuse brutalement de ne pas avoir suivi leur plan commun) et peut-être aussi effrayée par son autoritarisme, son caractère violent, ses exigences vis-à-vis de sa future épouse et sous la pression de sa famille n’a pas la force de lutter : Veut-elle de Lassalle ? Après avoir appris par ses espions que la famille Dönniges a quitté Genève et après avoir chargé un ami, le colonel Rüstow, de continuer la surveillance de la maison et d’essayer de contacter Hélène et de, subsidiairement, préparer son enlèvement, Lassalle quitte la ville le treize août au matin. Il arrive à Munich, capitale de la Bavière, le dix-huit août ayant en tête le dessein de convaincre le roi d’intervenir en sa faveur auprès du père d’Hélène. Il fait appel à Richard Wagner qui a l’oreille attentive du roi ainsi qu’au ministre des affaires étrangères. Il écrit, avec de noirs pressentiments, à la comtesse : « Ah ! Ce serait terrible de périr pour une indigne ! » . Entre-temps, après huit jours d’absence, la famille Dönniges rentre à Genève, où Yanko arrive également d’Heidelberg. M. Dönniges invite M. Rüstow chez lui et prie Hélène de les rejoindre. Celle-ci remet à M. Rüstow une lettre dans laquelle elle prend congé de Lassalle en écrivant que tout est terminé entre eux et qu’elle a décidé d’épouser Yanko. A la demande de Lassalle la comtesse de Hatzfeld arrive également à Genève pour essayer de contacter Hélène et ses parents. Elle envoie une missive à Hélène lui demandant de la rencontrer. Hélène refuse. Suit une lettre de menace à M. Dönniges de la part de M. Rüstow. Sur ces entrefaits Lassalle, et son avocat bavarois (qui a en sa possession une lettre du ministre des affaires étrangères de la Prusse), arrivent à Genève au soir du vingt-quatre août. Ils demandent à voir M. Dönniges, qui accepte. Leur entretien du vingt-cinq août se déroule mal et se termine d’une manière orageuse. Lassalle fait alors remettre par son avocat bavarois, accompagné de son ami Rüstow, une lettre à M. Dönniges par laquelle il exige du père l’autorisation de voir sa fille, dans sa maison, pendant quinze jours ou bien de discuter avec elle en présence de M. Rüstow pendant au maximum deux heures chez le notaire, puis elle déclarera sa volonté devant le notaire. Le père accepte la seconde partie de l’alternative à condition que sa fille l’agrée aussi. En présence des deux hommes de Lassalle il appelle Hélène qui refuse cette solution. Elle est d’accord toutefois d’écrire une lettre d’explication à Lassalle. Nous sommes le vingt-six août.

Le duel

Fou de rage et blessé dans son amour-propre et sa vanité, Lassalle, sans attendre la lettre promise d’Hélène, adresse deux lettres : l’une au père le provoquant en duel, et l’autre au fiancé par laquelle il lui annonce sa bénédiction pour son avenir avec Hélène et lui joint copie de la première lettre. (ndlr : toute réglementation du duel ayant été repoussée par les législateurs, l’initiative vient du comte de Châtauvillard qui, en 1836, publie un code du duel devenu dans toute l’Europe un texte de référence en la matière). L’ambassadeur se dérobe et fuit à Berne. Les frères d’Hélène étant trop jeunes, Yanko prend sur lui la défense de l’honneur de la famille. Conformément aux règles établies du duel, les deux représentants de Yanko : le cousin d’Hélène et le futur mari de sa soeur, rencontrent les deux représentants de Lassalle : le colonel Rüstow et le général Betethlen, pour décider de la suite des événements. [ndlr: le premier devoir des quatre témoins est d’oeuvrer pour une réconciliation en employant tous les moyens qui permettent de sauvegarder l’honneur de leurs mandataires. Si l’entente ne peut se faire, ils doivent déterminer qui est l’offensé (qui a le choix des armes)]. Voici la description du colonel. La partie adverse exige des excuses de la part de Lassalle et la remise des lettres de Mlle de Dönniges. Nous refusons. Cette dernière tentative d’éviter le duel échoue, le duel fut fixé au vingt-huit le matin. Nous optons pour le duel au pistolet à quinze pas (ndlr: une distance relativement courte) et trois temps. Suit une discussion concernant le type de pistolet : pistolets à canons rayés ou lisses. Nos adversaires exigèrent des pistolets rayés, nous, des pistolets lisses (ndlr: les pistolets lisses, démodés, étaient moins précis. Vers 1800 les rayures étaient droites puis en spirales (hélicoïdales) donnant à la balle un mouvement circulaire qui l’aide à garder la direction). Je retourne à l’hôtel et conseille à Lassalle de s’exercer au tir. Il refuse (ndlr: Lassalle était un bon tireur). Pendant ce temps Yanko (ndlr: qui n’a jamais touché un pistolet), a passé tout l’après-midi à tirer. Je me rends chez l’armurier pour chercher les pistolets et apprends que le ressort de l’un d’eux était cassé. Je loue une chambre à l’hôtel Victoria pour être à proximité de Lassalle. Je lui recommandais de ne pas viser trop longtemps, comme il en avait la mauvaise habitude. A minuit nous dormons. A 5h du matin je me rends chez l’armurier pour chercher les deux pistolets. Lassalle me remet son testament que je devais donner à la comtesse pour le déposer entre les mains des autorités de Genève. A 6h30 nous partîmes en voiture (fiacre) pour Carouge. A 7h nous sommes arrivés au point de rendez-vous. Une demi-heure après, la partie adverse arrive. Ils avaient avec eux le docteur Seiler, qui connaissait un endroit convenable. Ils passèrent devant ; nous suivîmes. Dans le voisinage de l’emplacement du duel nous descendîmes de voiture et marchâmes à travers bois jusqu’à l’endroit choisi. Je fus désigné par le sort pour charger le premier coup, et donner le commandement. Les adversaires furent alors placés à quinze pas l’un de l’autre, pendant que je chargeais. (ndlr: les armes étaient tirées au sort entre les adversaires. Les témoins jouant le rôle des modérateurs et juges ; ils sont les arbitres et responsables du combat. Il y avait deux types de duel au pistolet: « au commandement » et « à marche ». Dans le premier cas, dans l’attente du signal les combattants devaient tenir leur arme le bras allongé vers la terre, le long du corps, la crosse du pistolet touchant leur cuisse, ou bien le bras levé, la main tenant le pistolet appuyé contre la tête, le canon levé en l’air. Il était interdit de bouger avant le mot « feu ! » . Au mot « feu ! » ils tiraient sans avancer. Dans le second cas on place les adversaires à plus de quinze pas l’un de l’autre et au commandement ils ont la faculté de s’avancer avant de faire feu, jusqu’à une distance de quinze pas l’un de l’autre). Je devais compter jusqu’à trois de la façon suivante « un » , dix secondes après « deux » , dix secondes après « trois », puis ils pouvaient tirer. Cinq secondes après mon « un » Yanko tira. Lassalle, blessé au ventre, tirant une seconde plus tard, a raté son adversaire. J’ai regardé ma montre quand j’ai entendu quelqu’un demander « Êtes-vous blessé? » et Lassalle répondit : « Oui ». Nous conduisîmes le blessé vers un hangar où un pansement lui fut appliqué. Tandis que la partie adverse s’éloignait, nous menâmes Lassalle vers la voiture, et nous l’aidâmes à monter. Je fis prendre au cocher les routes sans pavés (le pavé, de pierres inégales, causait de fortes douleurs au blessé). Fin de la description du colonel.

Mort de Lassalle

Lassalle mourut trois jours plus tard à Genève, dans les bras de la comtesse et dans d’abominables souffrances, à l’âge de quarante ans. Le corps de Lassalle a été transporté à Breslau via Cologne. Il fut enterré dans le cimetière israélite de Breslau. Son épitaphe indique « ici repose Ferdinand Lassalle - penseur et combattant ». Un monument à sa mémoire (un bloc haut d’un mètre, informe et grisâtre) était érigé en 1891 par la section genevoise de l’Association générale allemande des ouvriers au golf de Bossey, près de l’Étang noir, à quelque distance du château de Crevin (voir photo). Le choix de cet emplacement était probablement dû à la différence entre les pratiques des tribunaux français et suisses en ce qui concerne le duel. A l’époque, les lois des deux pays étaient les mêmes : le duel était un délit de droit commun. Dans les faits, s’il y a procès en France, le tribunal se contentait de vérifier que le duel était régulier (audition des témoins, vérification du procès-verbal) et acquittait les duellistes et les témoins. En Suisse on appliquait la loi. De nos jours le duel est assimilé par la loi à un assassinat s’il entraîne la mort ; sinon, à des coups et blessures volontaires. Aujourd’hui, un gros bloc erratique dit « La Pierre » se trouve à l’emplacement supposé du duel, près du chemin des Bûcherons à Veyrier (Suisse) (voir carte). Ce bloc a été déplacé de trois mètres en 2001 lors de la construction des villas dans la clairière.

Mariage et mort d’Hélène

Six mois après la tragique issue de ce duel la belle Hélène épouse Yanko qui est déjà très malade. Il meurt cinq mois plus tard de tuberculose. Elle épousa ensuite un grand acteur allemand, dont elle divorça au bout de cinq ans pour épouser un révolutionnaire russe. A la mort de celui-ci à Munich en 1911, Hélène se suicida en avalant du poison, presque cinquante ans après la mort de Ferdinand Lassalle.

L’action politique de Lassalle

Lassalle est l’un des pères du socialisme allemand. Les premiers mois de la révolution de 1848 en Europe (janvier en Italie, février à Paris, mars à Vienne et Berlin) Lassalle, âgé de vingt-trois ans, les passait en prison à cause des méthodes peu licites qu’il utilisait pour obtenir des preuves contre Edmund de Hatzfeld. En sortant de prison il oeuvrait pour la révolution à Düsseldorf, ce que lui a valu 6 mois supplémentaires de prison. La révolution de 1848 était une tentative de renverser l’ordre établi et, entre autres, la monarchie prussienne avec comme modèle la révolution française de 1789 qui a mis une fin brutale au règne de Louis 16. Mais elle a échoué. En 1848 Lassalle rencontra Karl Marx et Friedrich Engels, sept ans, respectivement cinq ans plus âgés que lui, coauteurs du Manifeste du parti communiste de 1847. Mais les théories des deux exilés d’un côté, Lassalle de l’autre, divergeaient : Lassalle souhaitait que l’État devienne social selon un cheminement démocratique (« Les chaînes qui chargent les travailleurs ne peuvent leur être enlevées que dans la paix... avec l’assistance sympathique des classes capitalistes. ») tandis que Marx et Engels optaient pour la révolution. Marx, dont le Capital (1867) est devenu la bible de la gauche, a éclipsé Lassalle mais la clarté de Lassalle facilitait la compréhension du sujet car le langage de Marx était plutôt obscur. Étant donné la répression qui a suivi en 1849 l’insurrection de 1848, Marx a été obligé de quitter l’Allemagne. Il se réfugie à Londres. Engels a fui vers le sud de l’Allemagne pour rejoindre le reste de l’armée révolutionnaire, puis à Manchester (Angleterre). Lassalle avait nourri l’illusion que le gouvernement de Bismarck (appelé à la tête du gouvernement en septembre 1862) interviendrait en faveur du socialisme. Développant la théorie malthusienne sur la surpopulation et s’appuyant sur Adam Smith et David Ricardo il énonça en mars 1863 la « loi d’airain des salaires » selon laquelle les coûts de production limitent au minimum vital les salaires des ouvriers. Cette théorie était basée sur la pression croissante des personnes sans terre ni capital sur le taux du salaire. Selon elle, les gens, de plus en plus nombreux, étaient d’accord d’accepter un salaire très bas plutôt que de mourir de faim. Si le capital augmente à cause de l’augmentation de la non-consommation c.-à-d. de l’épargne, l’augmentation subséquente du niveau de vie poussera les gens à se multiplier davantage d’où une augmentation de l’offre de travail. En ajoutant de plus en plus de la main-d’oeuvre à une quantité fixe de terre (ou de capital) chaque personne supplémentaire crée de moins en moins de richesse (la loi des rendements décroissants). D’autre part les machines font de plus en plus le travail à la place des hommes. Par conséquent le salaire correspond au minimum vital c.-à-d. au coût de subsistance. Le salaire ne peut non plus s’abaisser pendant longtemps au-dessous de ce qui est nécessaire à l’entretien de l’existence car en ce cas la misère amènerait une diminution du nombre des ouvriers causant la remontée du niveau des salaires. Lassalle revendiquait l’instauration du suffrage universel en Prusse (un homme égale une voix et non le système de trois classes où les riches de la classe « une » (150’000 personnes) ont plus de poids que les pauvres de la classe « trois » (2,7 millions de personnes) et une aide étatique à la création des coopératives de production (faute de mieux car son but ultime était l’abolition de la propriété privée des moyens de production comme le capital et la terre). Pendant que Marx et Engels écrivaient leurs théories à l’abri des lois anglaises à l’arrière des champs de batailles (mais en luttant avec la pauvreté et la misère) Lassalle était au front s’adressant à la classe ouvrière et se frottant à la police prussienne. A la mort de Lassalle l’ADAV comptait 5000 membres groupés surtout autour du Rhin [très peu à Berlin où la majorité de la gauche faisait partie du parti (bourgeois) progressiste]. Dix ans après sa mort, en 1875, dans un congrès à Gotha, l’ADAV fusionnera avec le parti marxiste pour donner naissance au SAPD, l’ancêtre du parti social-démocrate allemand actuel.

Bibliographie pour le chapitre sur Ferdinand Lassalle

BH - Bordeaux Henry : Amours du temps passé, Paris, Plon, 1923, Les amants de Genève, pages 209 à 290 (BPU:SA 6839)

DHS1 - Dayan-Herzbrun Sonia : Correspondance Marx - Lassalle 1848-1864, PUF, Paris, 1977, 460 pages (dont 35 pages de présentation) (BPU:Tf 2323)

DHS2 - Dayan-Herzbrun Sonia : L’invention du parti ouvrier, L’Harmattan, Paris, 1990, 200 pages (BPU:Th 7412)

FD - Footman David : Ferdinand Lassalle : Romantic Revolutionary, Greenwood Press, New York, 1947 et 1969, 250 pages (BPU:Tk 8201)

HH - Heubner Hermann : Ferdinand Lassalle : drame en 5 actes, Genève 1906, 85 pages (BPU:BTM 298)

SE - Seillière Ernest : Etudes sur Ferdinand Lassalle, fondateur du parti socialiste allemand, Plon, Paris, 1897, 400 pages (BPU: T 2136).

L'AGAS visite, le 30 janvier 2005, la stèle de F. Lassalle, qui se trouve au milieu du terrain de golf de Bossey, près du trou numéro 8 (accès possible car 10 cm de neige). De gauche à droite : Kamil, Sibylle, Charlotte et Ruth. Photo prise par Gérard.

Autre

Les Voûtes sont des roches saillantes et horizontales sur le petit Salève côté Genève. L’accès aux voûtes n’est plus par le château de l’Ermitage mais par derrière. A 15 m au-dessous des Voûtes s’ouvre une grotte: le Trou du Diable, 70m de profondeur. 

Historiens: Réné-Louis Piachaud, Pierre Bertrand, David Haller, Claude Weber, Louis Blondel. Noms communs à Monnetier: Descombes, Vidonne, Corajod, Ducimetière.

1822: Monnetier brûle et le dernier ours est tué au Salève (48 bâtiments détruits, il ne restait que l’église et 3 maisons).

La Grotte des Faux-Monnayeurs

Au-dessus du sentier du pas-de-l'Echelle, un peu avant l'escalier conduisant au vallon de Monnetier, en dessous des voûtes des Chèvres (dites aussi Vire du Canapé, ou plus simplement le Canapé), se trouve une caverne qui abrita une fabrication de fausse monnaie, une bien curieuse histoire…

Le 5 avril 1801, des gens de Veyrier, entendant un bruit suspect dans la montagne, décident d'y monter en compagnie de leur maire, M. Portier. Arrivés près d'une grotte, ils distinguent le bruit de coups sourds frappés à intervalles réguliers. Ils se précipitent à l'intérieur et y découvrent un homme en train de battre monnaie ! Il s'agissait des batz de Berne portant sur une face l'écusson à l'ours et la légende "Moneta Reipub. Bernensis CR 4", tandis que, sur l'autre, apparaissait une croix entourée de la devise "Dominus Providebit" et le millésime 1793. On récolta là, nous dit Walter Zurbuchen ("Des Faux-Monnayeurs au travail dans une grotte du Salève", Tribune de Genève du 5.10.68), 792 pièces terminées ! L'individu, un nommé Pierre Poulin, originaire d'Yvorne, fut immédiatement arrêté, jugé à Genève, alors chef-lieu du département du Léman, et condamné à quinze ans de fers.

Les pièces frappées étaient en cuivre, alors que le batz de Berne devait contenir 229 millièmes d'argent. Il correspondait à peu près à la pièce genevoise de 6 sols (au cours d'aujourd'hui, la monnaie saisie dans la grotte représenterait une valeur approximative d'un millier de francs).

Les années passent. Près d'un siècle plus tard, en 1892, avait lieu la construction du chemin de fer électrique à crémaillère, maintenant disparu. Lors des travaux du percement du tunnel du Pas-de-l'Echelle, long de 110 mètres, on installa une forge dans la fameuse grotte. Or, le 11 août 1892, rappelle Walter Zurbuchen, les ouvriers découvrirent là une cachette contenant 1100 pièces de monnaie en excellent état ! Elles consistaient en deniers des évêques de Genève des 11e et 12e siècles, qui avaient dû être dissimulées à cet endroit vers l'an 1135 à peu près : c'était un véritable trésor dont la valeur de collection était inestimable. On a supposé qu'il s'agissait d'une caisse publique dérobée par un malfaiteur qui l'aurait enfuie dans cette caverne où elle a attendu plus de sept siècles et demi avant d'y être découverte…

Et maintenant cette histoire devient rocambolesque. Les ouvriers, persuadés qu'il s'agissait de fausse monnaie à cause de l'affaire Poulin, dispersèrent ces monnaies, les distribuant aux enfants et les jetant même ici ou là… Puis ces braves gens en échangèrent dans les cabarets : une poignée pour un verre d'absinthe !

Mais on s'aperçut rapidement de leur grande valeur et les "cours" passèrent en quelques jours, de 3 deniers pour dix centimes à 1 denier pour un franc, puis pour cinq et enfin pour vingt cinq francs ! On les rechercha alors partout avec ardeur, ce qui permit de reconstituer en partie le trésor initial. C'est alors que d'ingénieux aigrefins, voyant la demande augmenter et se souvenant de la Grotte des Faux-Monnayeurs, décidèrent d'en fabriquer… et c'est ainsi que des faux deniers ne tardèrent pas à circuler dans les mains des collectionneurs ! (PJJ)

En 1852 Ernest Naville, théologien et philosophe genevois, achète le flanc est du Salève, côté Roches de Faverges (La Pile, Grange Gaby, Grange Passey). Il conclu un accord pour une participation de la Savoie dans la construction de la route Monnetier - Treize-Arbres. Malheureusement pour lui, la France en 1860 n’a pas respecté cet engagement et il dû supporter seul la totalité des frais (15’000 frs). En ces temps le sommet du Salève était déboisé à cause des mines de fer. E. Naville a effectué un reboisement intensif du sommet. Aujourd’hui, les 2 Granges appartiennent aux descendants de E. Naville, la Pile a été vendue. Grange Gaby a brûlé, pour une raison inconnue, un après-midi de janvier 1993. Elle est restaurée 10 ans après, en 2003, par l’architecte Michel de Senarclens dit Sarcleret, un des trois copropriétaires actuels de la ferme.

Dans le « Guide de l’Ascensionniste » rédigé en 1893 par la section genevoise du CAS il est indiqué un temps de marche de 15 heures pour effectuer la montée du Môle, temps incluant l’aller-retour depuis Genève (en ce temps-là, on partait de Genève à pied pour gagner la base des montagnes). En 1920 il y avais à Genève 60 clubs de montagne. Vers 1930 des câbles électriques aériens montaient les bobsleighs (luges) et leurs occupants de Collonges via la Croisette aux Pitons. Depuis les Pitons les lugeurs empruntaient une piste de 3 km (pente 8%, largeur 5m) vers la Croisette, puis 5 km (pente de 12%, largeur de 3 m) vers le Coin, puis (qu’en cas de fort enneigement) 2 km (pente de 13%, largeur de 5m) vers Collonges. Entre 1930 et 1940 les routes carrossables de la crête : Cruseilles - La Croisette - Monnetier et la route Le Coin - La Croisette fut construites.

Le golf de Bossey est construit en 1983. Le Salève offre beaucoup de possibilités de varappe. Le mot « varappe » vient de « var » qui signifie « sommet rocheux et aride » d’une racine pré-indoeuropéenne. Ce mot régional a passé dans la langue française.

Richard Wagner séjourne pendant 2 mois pour soigner son eczéma à Mornex en l’été de 1856 après avoir composé son chef d’oeuvre, la Walkyrie (les Walkyries étaient des divinités féminines de la mythologie germanique qui accueillaient au paradis les héros morts au combat). John Ruskin, peintre, critique d’art, sociologue et écrivain anglais, séjourne à Mornex en 1862-3. A propos de Mornex voici un passage du poète Gaudy-Le Fort, dont la belle demeure de commerçant enrichi est devenue la mairie d’Onex: « Amis, voilà Mornex! c’est là qu’on se repose, c’est là que chaque jour prend une teinte rose, c’est là que le génie admire et se recueille, qu’à l’album de sa vie on ajoute une feuille... » . Ce même personnage, de son vrai nom Jean-Amé Gaudy (1773-1850), disait que Mornex était « Nice en miniature, moins la mer, moins les oliviers et les Anglais... »  voir « Lieux d’excursions et de villégiature de HFA » dans « Amiel et son temps » dans http://www.amiel.org/atelier/vie/viedamiel.html. Stendhal, auteur français, de passage à Genève en 1830, voyant les dégâts causés par l’exploitation excessive des carrières, considérait le Salève comme un vilain rocher pelé qu’il aurait bien voulu faire sauter. Nikolaï Vassilievitch Gogol, écrivain russe (Le Revizor, Tarass Boulba, les Ames mortes) chasse au Salève en 1836. Jean-Jacques Rousseau, philosophe et écrivain suisse, séjourne à Bossey. Alphonse de Lamartine, poète français, se promène sur les flancs de la montagne. George Gordon Byron, lord, poète anglais, a laissé sa trace au Gd Piton (accompagné de Lamartine). Camille Corot (1796-1875) et Gustave Courbet (1819-1877) fixent le Salève sur leurs toiles. Giuseppe Verdi, musicien italien, âgé de 45 ans, veuf depuis 19 ans, se marie le 29 août 1859 à l’église de Collonges sous Salève avec la cantatrice Giuseppina Strepponi. En guise de témoins, ils ont pris leur cocher et le sonneur de cloche de l’église.

2 sites concernant Giuseppe Verdi : http://ring.mithec.com/side/verdi.html   et   http://www.r-ds.com/verdiana.htm , ainsi que http://www.collonges.net (Découvrir et Les Personnages et Giuseppe VERDI).

Bibliographie

BJJ - Boimond Jean-Jacques : Le Salève, images et anecdotes, 223 p., Imprimerie Marendaz, 1987.

BH - Bordeaux Henry : Amours du temps passé, Paris, Plon, 1923, les amants de Genève,pages 209 à 290.

C - Collectif : Le Grand Livre du Salève, 272 pages, Tribune Édition, Genève, 1988.

CAS - Club Alpin Suisse - section genevoise, Le Salève: description scientifique et pitoresque, Kündig (Georg), 1899, 448 pages, Réimpression: Slatkine, 1979.

CG - Chevallier Georgette : Quelques images litteraires du Salève, Échos Saléviens n°9, 40 pages, 2000 [25.- FS]

CJ  - Casari Jacqueline : Promenades dans l’histoire du Salève, Ed. de l’Emeraude, Genève, 1988.

DD - Decrouez Danielle et Charollais Jean : De Genève au Mont-Blanc - les roches racontent.

LG - Lepère Gérard : Le chemin de fer à crémaillère du Salève, La Salévienne, Échos Saléviens n°4, 128 pages, 80 illustrations, 1994 [25.- FS, épuisé, une réimpression avec beaucoup de nouveau matériel est prévu en 2004 ou 2005]

MB - Manzoni Béatrice: Le téléphérique du Salève, Échos Saléviens n°10, 40 pages, 2001[25.- FS]

MJC1 - Mayor Jean-Claude: Le Salève à la Belle Époque, 104 p., Slatkine, Genève, 1996. [20.- FS]

MJC2 - Mayor J-C: Légendes et Visages du Salève, 200 p., Slatkine, Genève, 1997. [27.- FS]

PG - Primatesta Georges : Paysages genevois, Delachaux et Niestlé, Neuchatel, Paris, 1984.

PJJ - Pittard Jean-Jacques , Le Salève souterrain, Tribune Editions, 1979, pages 46-48

PR - Piachaud René-Louis: Le Salève, Albert Ciana, Genève, 1924, Réimpression: Slatkine, 1991.

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Affiches anciennes. © Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève (BPU):

L'histoire d'une montagne en quelques épisodes

d’après Monsieur Bernard Crettaz, conservateur au musée d'ethnographie de Genève

• L'homme de la préhistoire s'installe dans ce site tout-à-fait étonnant qui lui sert d'abri naturel, avec une géologie, une hydrographie, une flore et une faune adaptée. C'est toute la préhistoire et l'histoire du bassin genevois qui est définie ici.
• Au Moyen-âge, les moines chartreux de Pomier indiquent comment le Salève a servi de lieu de spiritualité, de centre de culture et d'élevage et de passage pour le col du Mont-de-Sion. La fin de l'abbaye de Pomier résume l'écho de la Révolution française dès 1793.
• Villages, communautés et châteaux s'épanouissent au pied du Salève. Ainsi sont exprimés ici tous les liens de Genève et de la Savoie, du protestantisme et du catholicisme.
• Histoire et sociologie du col du Mont-de-Sion et de son importance.
• Dès sa jeunesse, Horace-Bénédict de Saussure parcourt le Salève et il écrit: "je me rappelle encore le saisissement que j'éprouvai la première fois que mes mains touchèrent le rocher du Salève et que mes yeux jouirent de ses points de vue". C'est de Genève et de « sa » montagne-laboratoire que va naître la conquête du Mont-Blanc.
• En 1815, à la Restauration, des savants suisses fondent dans le temple de la Nature du Mont-Gosse, au-dessus de Mornex, la Société helvétique des Sciences naturelles. Dans ce temple sont dressées les statues des pères fondateurs de la montagne et de la nature: Linné, de Haller, Rousseau, de Saussure, Bonnet. Le Salève devient une sorte de berceau des sciences de la nature.
• Des villages-stations de moyenne montagne se développent. Ainsi Monnetier et Mornex où, dans le Pavillon des Glycines, en 1856, Wagner se retire pour se reposer après avoir composé la Walkyrie. Des célébrités viennent en ces lieux par ailleurs chantés par les écrivains et les peintres. La médecine de moyenne montagne s'épanouit.
• A la fin du 19ème siècle s'exprime la folie des trains de montagne. Dès 1875, un ingénieur genevois, Du Roveray, demande une concession au Conseil général de la Haute-Savoie. Il est suivi par les ingénieurs de Meuron et Cuénod. La concession est accordée en 1887. En 1892, l'inauguration du premier chemin de fer de montagne 100% électrique est une première mondiale. Ce sera un succès jusqu'au téléphérique en 1932.
• Dès les débuts de l'aventure citadine vers la haute-montagne, le Salève a été la grande école de varappe qui a fait des grimpeurs genevois parmi les alpinistes de premier ordre: Roch, Lambert, Vaucher et des femmes célèbres: Loulou Boulaz et Yvette Vaucher. Au Salève on a expérimenté sans cesse de nouveau matériel de montagne, comme la fameuse chaussure Tricouni du Genevois Félix-Valentin Genecand.
• Dès 1920, les Boueux, et Georges Amoudruz à leur tête, prospectent systématiquement les grottes du Salève qui sont multiples. Les Boueux découvrent les richesses du monde souterrain. Et Amoudruz, à partir des innombrables légendes recueillies ici, commencent à faire de l'ethnographie. D'une certaine façon, la fameuse Collection Amoudruz part du Salève.
• De tout temps on est monté sur le Salève pour voir, pour la beauté du panorama, mais aussi pour s'envoler. De Deluz à Lachat, on a expérimenté tant d'appareils pour ces "merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines". Vol delta et parapente développent toutes les possibilités du terrain de jeu que représente le Salève.
• Dernière arrivée au sommet du Salève, la civilisation du pique-nique multi-ethnique s'épanouit, faisant durant les mois d'été du Salève une sorte de grand lieu de métissage des cultures.
• Genève a donc colonisé cette montagne de France, mais qui témoigne tristement de l'échec d'une vraie politique transfrontalière. Au moment de l'après Rio, le Salève et ses plaies, et ses invasions, crient au scandale. Mais le Salève de tous, le vrai Salève populaire parmi les montagnes les plus populaires, voit venir le salut.
• Entrent en scène au dernier tableau les chevaliers de l'AGEDRI proliférant des menaces graves face aux politiques récalcitrants. Ils portent l'étendard de l'an 3000.


Un peu d'histoire "lémanique"

Tour à tour entièrement romaines, puis successivement soumises aux Burgondes (443), puis aux Mérovingiens (546-741), aux Carolingiens (751-888), aux royaumes de Provence et de Bourgogne (888-1032), puis savoyardes au Moyen Age, les deux rives du Léman ont constitué pendant des siècles une même entité. Cette unité lémanique se brise à l'avènement des Temps modernes. Le passage de Genève au protestantisme en 1536, puis l'intervention bernoise au secours des huguenots déchirent l'entité lémanique et créent des disjonctions qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours. En 1559, le duc de Savoie, Emmanuel-Philibert, le grand homme de guerre au service de Charles Quint, recouvre ses domaines. Les terres occupées par Berne lui sont restituées en 1567, à l'exception du pays de Vaud. Charles-Emmanuel 1er; nouveau duc, allié à l'Espagne, tente de conquérir la rebelle cité de Calvin. La guerre ravage les parages de Genève et le bas Chablais, en 1589 et 1590. Ces luttes se terminent après l'intervention du roi de France, Henri IV, au secours des protestants, par le traité de Lyon en 1601. Le duc cède à la France, la Bresse, le Bugey, le Valromey, et le pays de Gex. Au lendemain de la tentative manquée de "l'Escalade" contre la " Rome protestante ", le traité de Saint-Julien, en 1603, reconnaît l'indépendance de la République réformée. Le Léman est désormais divisé en son milieu par une frontière qui, en dépit de la persistance des genres de vie semblables sur les deux rives, est devenue une ligne séparante pour les institutions, les religions et les mentalités. L'invasion de la Savoie par les " sans-culottes " de la révolution française en 1792, replace, pour moins de deux décennies, le lac dans l'orbite de la France. De 1798 à 1814, l'ex-République de Genève, le Chablais, le Faucigny, le pays de Gex, forment le département du Léman, dont Genève est la préfecture. Après Waterloo, la Restauration de 1815 dessine, au congrès de Vienne, les traits de la configuration politique actuelle, parachevée par le traité de Turin de 1816 entre Genève et la Sardaigne. La Savoie est rendue à son ancienne dynastie et redevient duché du royaume de Sardaigne. La République de Genève forme un canton de la Confédération. Des zones douanières franches sont instituées pour donner au canton un arrière-pays économique en Savoie et dans le Pays de Gex. Une autre petite zone sera créée en 1829 autour de Saint-Gingolph. La Savoie nord est assujettie à une neutralisation, comme si elle eût fait partie de la Suisse, et à un droit d'occupation par les milices fédérales. En 1860, lorsque le statut de la Savoie est remis en question et que sa cession à la France est prévue en contrepartie du concours de Napoléon III à l'unification de l'Italie, un courant pro-helvétique se manifeste pour la réunion des provinces septentrionales à la Suisse. Cette menace de démembrement est conjurée par l'octroi de la grande zone franche, couvrant les deux tiers du département de la Haute-Savoie. Au lendemain de la première guerre mondiale, le traité de Versailles abolit les clauses de neutralisation et d'occupation militaires. La France supprime les zones franches en 1923, mais au terme d'un long procès devant la cour de justice internationale de La Haye, elle est condamnée à rétablir, en 1934, " les petites zones " de 1815. Actuellement si les postes de contrôle ont été supprimés vers 1968, les résidents à l'intérieur de ces zones peuvent encore bénéficier des avantages qui s'y rattachent. Les voitures immatriculées TT1 Q pour l'Ain et TT1 W pour la Haute-Savoie, achetées sans frais de douane, sont l'exemple le plus visible de cette particularité. C'est désormais à l'intérieur de deux Etats nationaux que les pays du Léman vivent en paix.

Texte extrait de Nature et histoire du Léman de Paul Guichonnet, éditions Cabédita 1994, élaboré par le Comité départemental de la randonnée pédestre de la Haute-Savoie - Codérando 74.

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Pour consulter la partie géologique, voir "Salève: Descriptif".

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